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Category : Français
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Michel Gurfinkiel.
Les accords dits « d’Oslo » ont été signés le 13 septembre 1993 sur le perron de la Maison-Blanche, à Washington. Quinze ans ont passé. L’échec est total, absolu. Ces accords reposaient sur une sorte de troc : Israël obtenait la paix, les Palestiniens – représentés par l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) de Yasser Arafat - un Etat en Cisjordanie et à Gaza, les deux territoires étant considérés comme une seule entité. C’est du moins ce qu’ont assuré ses concepteurs israéliens, Yitzhak Rabin, Shimon Peres, Yossi Beilin, Ron Pundak, Uri Savir. Aujourd’hui, non seulement Israël n’a pas la paix, mais sa sécurité est moins bien assurée. Quant aux Palestiniens, ils n’ont toujours pas d’Etat.
On explique généralement cet échec par cinq fautes imputables à Israël et deux fautes imputables aux Palestiniens.
Les fautes israéliennes seraient les suivantes :
1. L’Etat juif ne serait pas allé au bout de sa logique en reconnaissant formellement l’indépendance et la souveraineté d’un Etat palestinien en Cisjordanie et à Gaza. Ceux qui penchent pour cette interprétation font observer que les accords d’Oslo imposaient une négociation en vue d’un accord de paix définitif « cinq ans au plus tard » après la mise en place effective d’une Autorité palestinienne autonome, c’est à dire en 1999. Ceux qui la récusent notent qu’il ne s’agissait, précisément, que d’une négociation, dont la durée et même l’objet ne pouvaient être fixés à l’avance ; que cette négociation a bien commencé en 1999 et culminé avec les pourparlers Clinton-Barak-Arafat de Camp David en 2000 ; que les Israéliens ont alors accepté la création d’un Etat palestinien indépendant en Cisjordanie et à Gaza ; et enfin que les gouvernements israéliens suivants, à commencer par les divers cabinets dirigés par Ariel Sharon, n’ont pas remis en cause cette décision, notamment en acceptant le plan de paix américain de 2002 et la « feuille de route » internationale de 2002-2003.
2. Israël aurait maintenu son occupation militaire dans les Territoires palestiniens et l’aurait même aggravée en mettant en place un mur sécuritaire en Cisjordanie. En réalité, les accords d’Oslo accordent à Israël divers droits en matière militaire et sécuritaire tant que la « négociation finale » n’aura pas abouti. En Cisjordanie, l’armée israélienne devait se retirer de certaines zones, contrôler conjointement d’autres zones avec les Palestiniens et demeurer dans un troisième secteur. Ce qu’elle a fait entre 1993 et 1998, avant de procéder à une réoccupation partielle en 2002, puis à la mise en place d’une barrière de sécurité, afin de lutter contre un terrorisme à grande échelle dirigé contre la population civile en Israël même. A Gaza, les Israéliens ont procédé à un retrait militaire total en 2005.
3. Israël aurait poursuivi une politique de peuplement juif (« colonisation ») dans les Territoires palestiniens. Les pays occidentaux les plus proches d’Israël (les Etats-Unis sous Bill Clinton et George W. Bush, la France sous Nicolas Sarkozy) estiment que ce facteur a été déterminant et demandent sans cesse à Jérusalem de mettre fin à cette « erreur ». En fait, aucune implantation nouvelle n’a été créée en Cisjordanie (y compris l’ancien secteur jordanien de Jérusalem) ou à Gaza entre 1993 et 2008. Le développement des implantations créées avant 1993 est autorisé par les accords. Et enfin, les Israéliens n’ont pas hésité à évacuer et détruire des implantations antérieures ou postérieures à 1993 quand ils estimaient que cela servirait le processus de paix, comme ce fut notamment le cas à Gaza en 2005.
4. Israël se serait refusé à tout compromis sur Jérusalem. Les accords d’Oslo ne mentionnent pas la Ville sainte. Certains analystes estiment que c’est une erreur. Cette ville constituant l’un des nœuds symboliques et géopolitique d’un double conflit israélo-arabe et judéo-islamique, il aurait fallu négocier son statut en priorité. Le fait est, cependant, que les gouvernements israéliens successifs ont évoqué depuis 1996 la possibilité d’un nouveau partage de Jérusalem, le transfert du Mont du Temple (ou Esplanade des Mosquées) au futur Etat palestinien et l’installation du gouvernement palestinien à Jérusalem-Est.
5. Israël rejeterait une revendication palestinienne fondamentale, le droit au retour en Israël des réfugiés palestiniens de 1948. C’est vrai, dans la mesure ou un tel « droit » n’a jamais été pris en considération, dans aucune région du monde, plus de soixante ans après les événements ; que si on faisait exception pour les Palestiniens, on devrait traiter, en regard, le cas des réfugiés juifs du monde arabe et islamique, dont les deux tiers se sont installés en Israël ; et enfin que l’application de ce droit, telle que les dirigeants palestiniens l’entendent, conduirait en fait à la transformation d’Israël en un Etat binational judéo-arabe, où les Arabes disposeraient rapidement de la majorité. Néanmoins, les Israéliens ont accepté d’accorder aux Palestiniens des satisfactions « symboliques » sur cette question : en acceptant en 2000, à Camp David, le « retour » de 250 000 personnes considérées comme des « réfugiés palestiniens de 1948 » ; ou en exprimant leurs « regrets », par la bouche de leur premier ministre Ehud Olmert, en 2008, pour les réfugiés arabes et juifs de 1948.
Les fautes palestiniennes seraient les suivantes :
1. Contrairement aux dispositions des accords d’Oslo, Yasser Arafat aurait transformé l’Autorité palestinienne, dès sa mise en place en 1994, en une dictature arabe classique, où le « raïs » (chef) dispose à la fois du pouvoir politique et policier et du pouvoir économique, à travers une gestion de type « patrimonial ». Les injustices provoquées par ce régime, et la dégradation du niveau de vie des populations palestiniennes, auraient favorisé l’émergence d’un mouvement palestinien extrémiste, le Hamas.
2. Contrairement aux dispositions des accords d’Oslo, ni Yasser Arafat, ni son successeur Mahmoud Abbas, ni a fortiori le mouvement Hamas, n’ont renoncé à la guerre et au terrorisme contre Israël. Arafat aurait justifié sa dictature en pérennisant près 1993 un état de tension et de guerre avec Israël, en refusant un accord de paix définitif à Camp David en 2000 et en se lançant dans la Seconde Intifada. Abbas est contraint de rester fidèle au moins en partie à cet héritage idéologique et stratégique pour conserver son statut de président palestinien. Le Hamas s’est développé, a gagné les élections palestiniennes de 2006 et s’est emparé de Gaza en 2007, en prônant la guerre totale contre Israël.
On remarquera que ce tableau ne repose pas vraiment sur une symétrie, une logique des « torts partagés » : si on admet la réalité des deux fautes palestiniennes, on doit nécessairement conclure au peu de consistance des cinq fautes israéliennes.
Mais peut-être néglige-t-on, dans un tel débat, une hypothèse beaucoup plus fondamentale, selon laquelle « l’échec » des accords d’Oslo aurait été pour ainsi programmé par les Palestiniens.
Arafat et les autres dirigeants palestiniens, y compris Abbas, ont toujours affirmé que leur but ultime était bien la libération intégrale de la Palestine et que les accords d’Oslo, ou la création d’un Etat palestinien en Cisjordanie et à Gaza, ne constituaient que des « étapes » en vue d’y parvenir. Les partisans israéliens des accords, ainsi que la plupart des diplomates américains ou européens qui ont participé à leur mise en place, ont affecté de ne voir dans ces propos que « de la rhétorique », une surenchère verbale provisoire destinée à la fois à calmer la « rue palestinienne » et à mieux négocier. « La libération de toute la Palestine, c’est le rêve des Palestiniens. Ils ont le droit de rêver. Ils savent que le rêve n’est pas la réalité », disait Peres dans les années 1990. Malheureusement, trop de textes, trop de propos, et trop d’actes infirment cette interprétation.
Dès 1974, le Conseil national palestinien approuvait la création d’un Etat palestinien sur « toute parcelle libérée » de la patrie, sans pour autant renoncer à la libération de l’ensemble de la Palestine. En 1977, Farouk Kaddoumi, le « ministre des Affaires étrangères » de l’OLP, mentionnait pour la première fois la « stratégie par étapes » dans une interview à Newsweek : « Notre retour doit s’effectuer par étapes. D’abord un retour aux lignes de 1967. Puis à celles de 1948… Puis la création d’un Etat démocratique arabe dans toute la Palestine ». En 1989, pendant la Première Intifada, il revenait sur cette stratégie dans une interview à la BBC : « Chaque phase de notre lutte nationale impose un changement de tactique … Il y aura certainement des négociations et des marchandages, mais… chaque territoire… où nous planterons nos tentes… deviendra la base d’assaut à partir de laquelle nous nous engagerons dans l’étape suivante ». Quant à Arafat, il comparait les accords d’Oslo, dès leur signature en 1993, à l’accord d’Hudaibiya : la trève que Mahomet passa avec ses ennemis pour consolider son pouvoir à Médine, et qu’il trahit ensuite sans vergogne.
Mais l’application de la « stratégie par étapes » achoppe sur une difficulté majeure : dès lors que l’étape d’un Etat palestinien indépendant en Cisjordanie et à Gaza est atteinte, le passage à l’étape suivante suppose une guerre d’Etat à Etat avec Israël, que les Palestiniens ne sont pas sûrs de gagner et qui constitue, en outre, une violation du droit international. La solution ? Déclencher la guerre totale dans cette zone obscure, « entre deux soleils », qui sépare l’autonomie de l’indépendance. En arguant de l’échec des accords d’Oslo.
C’est ce qu’Arafat avait cru pouvoir faire en 2000-2002, à travers la Seconde Intifada. Aujourd’hui, son successeur Abbas et son entourage – Ahmad Qurei, Rafik Husseini - laissent entendre qu’ils vont « dissoudre » l’Autorité palestinienne. Cela reviendrait, en théorie, à « rendre » à Israël la gestion de la Cisjordanie, sinon de Gaza. Mais permettrait, en pratique, aux Palestiniens de reprendre la « lutte nationale », y compris la lutte armée, à partir des structures édifiées depuis quinze ans. But de l’opération : présenter Israël comme un « régime d’apartheid » et exiger la mise en place, « dans toute la Palestine », d’un Etat binational judéo-arabe.
Cette démarche n’est pas improvisée. Le livre de propagande anti-israélienne publié en 2006 sous la signature de l’ancien président américain Jimmy Carter, « La paix, pas l’apartheid » (Editions de l’Archipel), en fixait déjà les grandes lignes.
© Michel Gurfinkiel & Hamodia, 2008