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Michel Gurfinkiel.
Si les Israéliens participaient à l’élection présidentielle américaine de mardi prochain, ils voteraient John McCain. Selon un sondage TNS Teleseker publié le 27 octobre, 46 % d’entre eux se prononcent en effet pour le candidat républicain. Alors que Barack Obama, le candidat démocrate, n’obtient que 34 %. 20 % des Israéliens sont sans opinion.
La proportion est encore plus élevée chez les 40 000 citoyens américains résidant en Israël (qu’ils soient binationaux ou non). Selon un autre sondage, rendu public ce matin, 76 % d’entre eux se déclarent pour McCain, 24 % seulement pour Obama.
Aux Etats-Unis mêmes, c’est l’inverse qui est vrai. Le 15 septembre dernier, 57 % des juifs américains se déclaraient prêts à voter Obama, 30 % préféraient McCain, et 13 % restaient indécis. Cela représentait, pour le candidat démocrate, un net manque à gagner par rapport à son prédécesseur John Kerry, qui avait obtenu 76 % en 2004. Une partie des juifs votant traditionnellement démocrate étaient mal à l’aise à l’idée de soutenir un homme politique d’extrême-gauche, né musulman, converti à une forme extrémisme de messianisme chrétien noir, et lié, de façon notoire, à d’anciens terroristes ou à des militants de la cause palestinienne.
Mais un mois plus tard, le 15 octobre, 74 % des juifs américains se déclaraient pour Obama, et 22 % seulement pour McCain. Le sénateur de l’Illinois aurait donc finalement séduit la plus grande partie de la communauté juive américaine.
Derrière ces statistiques politiques, en Israël comme aux Etats-Unis, il y a des statistiques culturelles ou religieuses.
Ceux qui parmi les Israéliens souhaitent aujourd’hui la victoire de McCain appartiennent à la droite, au sens large du terme : Likoud et parti religieux. Ceux qui préfèrent Obama appartiennent à la gauche : travaillistes, Meretz, partis nationalistes arabes. Et les indécis correspondent sans doute en grande partie à Kadima, cette formation dont le centrisme confine à l’hermaphrodisme.
La droite croit à la définition traditionnelle du peuple juif : un « peuple qui habite à part », fidèle à une Alliance, porteur d’une identité singulière et irréductible. La gauche rejette cette notion.
En Amérique, selon un sondage réalisé à la mi-septembre pour l’American Jewish Committee (AJC), les quelque 20 % de juifs qui votent républicain appartiennent pour la plupart aux synagogues orthodoxes (tant harédies que Modern Orthodox). Tandis que les quelque 80 % de juifs démocrates appartiennent aux synagogues réformées ou « conservatrices » (massorties).
Dans la mesure où ils restent fidèles au judaïsme classique, les juifs orthodoxes tendent à analyser rationnellement les problèmes politiques, en fonction des intérêts tangibles du peuple juif, d’Israël, et de la nation américaine, « Royaume de la Bonté » (Malkhuth shel Hesed) selon les Sages.
Dans la mesure où ils ont abandonné le judaïsme classique (Torah Ve-Mitzvoth), les réformés et les massortis ont tendance à lui substituer un néo-judaïsme fondé sur les droits de l’homme et la générosité sociale, et donc à dériver sans cesse vers la gauche ou l’extrême-gauche. Ils ont également tendance à se détacher d’Israël.
Les élections de 2008 montrent qu’un point de non-retour a été atteint aux Etats-Unis. Des divergences, on est passé à un double schisme : entre juifs américains, mais aussi entre la majorité des juifs américains et les Israéliens.
D'autres élections auront lieu, dans un peu plus de cent jours, en Israël. Une Maison Blanche dirigée par Obama fera tout pour influencer le scrutin en faveur de Kadima et de la gauche. Et qu’on ira, si la droite l’emporte, vers une confrontation sans merci entre Washington et Jérusalem.
© Michel Gurfinkiel, 2008