{"id":311,"date":"2009-06-24T20:12:07","date_gmt":"2009-06-24T18:12:07","guid":{"rendered":"http:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/?p=311"},"modified":"2021-01-14T21:13:45","modified_gmt":"2021-01-14T20:13:45","slug":"usa-lor-et-le-fer","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/usa-lor-et-le-fer\/","title":{"rendered":"USA\/ L&apos;or et le fer"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"vertical-align: inherit;\"><span style=\"vertical-align: inherit;\"><\/p>\n<p>Le dollar baisse. Parce que le prestige g&eacute;opolitique de l&rsquo;Am&eacute;rique s&rsquo;effrite.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>2008 avait &eacute;t&eacute; l&rsquo;ann&eacute;e de la crise financi&egrave;re. 2009 sera-t-elle celle de la crise &eacute;conomique ? Ce sc&eacute;nario &ndash; terrifiant &ndash; hante les gouvernements et les milieux d&rsquo;affaires. Dans une crise financi&egrave;re, l&rsquo;argent se rar&eacute;fie. Dans une crise &eacute;conomique, il se liqu&eacute;fie. Dans le premier cas, l&rsquo;activit&eacute; ralentit. Dans le second, elle cesse.<\/p>\n<p>En question : le dollar. La monnaie am&eacute;ricaine, cl&eacute; de vo&ucirc;te de l&rsquo;&eacute;conomie mondiale depuis 1945, ne cesse de baisser, face &agrave; toutes les autres devises. En f&eacute;vrier, il fallait avancer 1,25 dollar pour obtenir un euro. Aujourd&rsquo;hui, il en faut 1,4. Soit 10 % de plus. <\/p>\n<p>Plus le dollar baisse &agrave; court terme, moins les op&eacute;rateurs &eacute;conomiques lui font confiance &agrave; long terme. Les quatre puissances &eacute;conomiques dites <em>&laquo; &eacute;mergentes &raquo;<\/em> du groupe BRIC (Br&eacute;sil, Russie, Inde et Chine) utilisent le dollar comme devise de r&eacute;f&eacute;rence et de refuge, notamment en achetant des Bons du Tr&eacute;sor am&eacute;ricain. Mais la semaine derni&egrave;re, elles ont envisag&eacute; pour la premi&egrave;re fois de cr&eacute;er ensemble une nouvelle devise de r&eacute;f&eacute;rence, ou encore, plus simplement, de passer &agrave; l&rsquo;euro. <\/p>\n<p>Le secr&eacute;taire am&eacute;ricain au Tr&eacute;sor, Timothy Geithner, a mis en garde la Chine, qui est &agrave; la fois le pays le plus dynamique du BRIC et le premier acheteur mondial de Bons du Tr&eacute;sor am&eacute;ricain, contre de telles initiatives. Les dirigeants de P&eacute;kin ont r&eacute;pondu qu&rsquo;ils ne se d&eacute;tournaient du dollar que parce que celui-ci, en baissant constamment, ne remplissait plus sa mission.<\/p>\n<p>Pourquoi le dollar baisse-t-il ? Il y a d&rsquo;abord les causes imm&eacute;diates. L&rsquo;administration George W. Bush a r&eacute;agi &agrave; la crise financi&egrave;re de l&rsquo;automne dernier en nationalisant les principales institutions financi&egrave;res en faillite. L&rsquo;administration&nbsp; Barack H. Obama a poursuivi sur cette lanc&eacute;e en nationalisant des entreprises industrielles (General Motors est le cas le plus spectaculaire). Elle pr&eacute;tend, de surcro&icirc;t, se lancer &agrave; la fois dans une politique de grands travaux d&rsquo;infrastructure et dans des r&eacute;formes en faveur des plus d&eacute;munis (notamment la mise en place d&rsquo;une couverture m&eacute;dicale g&eacute;n&eacute;ralis&eacute;e). Enfin, elle se refuse &agrave; augmenter les imp&ocirc;ts, afin de stimuler la consommation. <\/p>\n<p>Cela ressemble, de loin, au New Deal de Franklin Roosevelt, qui avait permis de sortir de la crise de 1929. Mais nous sommes en 2009, quelque quatre-vingts ans plus tard. Le New Deal a fonctionn&eacute; dans une &eacute;conomie continentale am&eacute;ricaine, relativement isol&eacute;e du reste de l&rsquo;&eacute;conomie mondiale : rien ne prouve qu&rsquo;il soit adapt&eacute; &agrave; une &eacute;conomie globalis&eacute;e. Il &eacute;t&eacute; mis en place dans un environnement industriel classique, domin&eacute; par le secteur secondaire : quel sens a-t-il dans un environnement postindustriel, domin&eacute; par le tertiaire ? Les op&eacute;rateurs &eacute;conomiques, tant am&eacute;ricains qu&rsquo;&eacute;trangers, notent surtout que l&rsquo;administration couvre ses d&eacute;penses en recourant &agrave; l&rsquo;emprunt et aux Bons du Tr&eacute;sor, c&rsquo;est &agrave; dire en cr&eacute;ant une monnaie virtuelle de plus en plus abondante. Ce qui peut conduire &agrave; une tr&egrave;s forte inflation ou &ndash; si les Bons du Tr&eacute;sor ne trouvent plus preneurs &ndash; &agrave; une banqueroute d&rsquo;Etat. Dans un tel contexte, le dollar ne rassure pas. Et l&rsquo;on se tourne vers n&rsquo;importe quelle autre devise, m&ecirc;me relativement pr&eacute;caire : ne serait-ce que pour diversifier les risques.<\/p>\n<p>Mais le dollar baisse &eacute;galement pour des causes plus profondes. L&rsquo;or n&rsquo;existe pas sans le fer, ni le fer sans l&rsquo;or : pas de puissance &eacute;conomique sans puissance politique (et donc militaire), ni de puissance politique sans puissance &eacute;conomique. Le dollar a inspir&eacute; confiance et a donc tenu son rang ou mont&eacute; dans la mesure exacte o&ugrave; l&rsquo;Am&eacute;rique est apparue comme la premi&egrave;re nation du monde en termes militaires et strat&eacute;giques : de 1945 aux ann&eacute;es 1960, puis des ann&eacute;es 1980 au d&eacute;but des ann&eacute;es 2000. Il a cess&eacute; d&rsquo;inspirer confiance et a donc baiss&eacute; quand l&rsquo;Am&eacute;rique a d&eacute;clin&eacute; : pendant la guerre du Vietnam, de 1965 &agrave; 1975, et pendant la plus grande partie de la guerre d&rsquo;Irak, entre 2004 et 2007. <\/p>\n<p>Regardons de pr&egrave;s la seconde phase de d&eacute;clin : la guerre d&rsquo;Irak. Avant les op&eacute;rations terroristes du 11 septembre 2001, l&rsquo;euro valait de 0,8 &agrave; 0,9 dollars. En lan&ccedil;ant, apr&egrave;s ces op&eacute;rations, une contre-attaque de grande envergure (la <em>&laquo; guerre contre le terrorisme &raquo;)<\/em> et en renversant le r&eacute;gime taliban en Afghanistan, l&rsquo;Am&eacute;rique de Bush maintient son cr&eacute;dit politique et militaire, et donc son cr&eacute;dit financier : la parit&eacute; euro-dollar reste la m&ecirc;me pendant le quatri&egrave;me trimestre 2001 et tout au long de l&rsquo;ann&eacute;e 2002. <\/p>\n<p>En 2003, la guerre d&rsquo;Irak commence dans un climat de crise entre Occidentaux : le dollar baisse donc l&eacute;g&egrave;rement, avec une parit&eacute; d&rsquo;un euro pour un dollar, puis d&rsquo;un euro pour 1,1 dollar. L&rsquo;ann&eacute;e suivante, la situation se d&eacute;grade en Irak : si les Etats-Unis et leurs alli&eacute;s ont remport&eacute; une victoire &eacute;clair contre le r&eacute;gime de Saddam Hussein sur le plan conventionnel, ils ne parviennent pas &agrave; juguler une double ou triple gu&eacute;rilla urbaine. L&rsquo;euro se n&eacute;gocie &agrave; 1,3 dollar. <\/p>\n<p>De 2005 au premier semestre 2008, la double chute, en termes d&rsquo;image g&eacute;opolitique et de parit&eacute; mon&eacute;taire, se poursuit. Elle atteint son point maximum en juin 2008, avec un taux d&rsquo;un euro pour pr&egrave;s de 1,6 dollar. Mais pendant l&rsquo;&eacute;t&eacute; 2008, c&rsquo;est l&rsquo;embellie : l&rsquo;opinion internationale a fini par prendre conscience du <em>&laquo; Surge &raquo;<\/em>, la reprise en main militaire de Irak con&ccedil;ue et ex&eacute;cut&eacute;e, d&egrave;s 2007, par le g&eacute;n&eacute;ral David Petraeus ; et l&rsquo;hypoth&egrave;se d&rsquo;une victoire aux pr&eacute;sidentielles de John McCain, r&eacute;publicain non conformiste mais pugnace, qui entend poursuivre la politique ext&eacute;rieure de Bush jusqu&rsquo;&agrave; une victoire totale,&nbsp; prend corps. Le dollar remonte donc et l&rsquo;euro retombe &agrave; 1,4.<\/p>\n<p>Paradoxalement, la crise financi&egrave;re, fin septembre, continue &agrave; stimuler le dollar : c&rsquo;est l&rsquo;effet m&eacute;canique des nombreux plans de sauvetage improvis&eacute;s par les autorit&eacute;s gouvernementales et les banques centrales, tant aux Etats-Unis que dans le reste du monde. <\/p>\n<p>Non moins paradoxalement, l&rsquo;&eacute;lection du d&eacute;mocrate d&rsquo;extr&ecirc;me-gauche Barack Obama, d&eacute;but novembre, conforte elle aussi la monnaie am&eacute;ricaine. L&rsquo;opinion, aux Etats-Unis et &agrave; l&rsquo;&eacute;tranger, se refuse &agrave; prendre en consid&eacute;ration le programme utopiste et tiers-mondiste du pr&eacute;sident &eacute;lu. Elle pr&eacute;f&egrave;re interpr&eacute;ter l&rsquo;arriv&eacute;e &agrave; la Maison Blanche d&rsquo;un quadrag&eacute;naire de couleur comme un signe de vitalit&eacute; nationale. Fin 2008, l&rsquo;euro est descendu &agrave; la valeur plancher de 1,25 dollar, qu&rsquo;il gardera &ndash; en d&eacute;pit d&rsquo;une br&egrave;ve f&eacute;brilit&eacute; en janvier, en raison de la guerre de Gaza &ndash; jusqu&rsquo;en f&eacute;vrier. <\/p>\n<p>Mais la r&eacute;alit&eacute; reprend ses droits. Fin mars 2009, cinq semaines apr&egrave;s la mise en place de la nouvelle administration, la monnaie europ&eacute;enne remonte &agrave; 1,35 dollars. Elle atteint 1,4 dollars en mai, puis 1,43 d&eacute;but juin. En d&eacute;pit de quelques mouvements en dents de scie, l&rsquo;&eacute;volution devrait se poursuivre.<\/p>\n<p>Le pr&eacute;sident am&eacute;ricain actuel suscite toujours l&rsquo;enthousiasme et l&rsquo;adulation de ceux qui, dans le vaste monde, aiment s&rsquo;enthousiasmer et aduler. Mais il n&rsquo;a pas r&eacute;ussi &agrave; convaincre les autres. Au moment o&ugrave; l&rsquo;Iran se r&eacute;volte contre la tyrannie des mollahs, il fait un &eacute;loge immod&eacute;r&eacute;, pour ne pas dire incontinent, de l&rsquo;islam &agrave; Al-Ahzar, l&rsquo;universit&eacute; coranique du Caire. Quand la Cor&eacute;e du Nord proc&egrave;de &agrave; de nouvelles exp&eacute;rimentations nucl&eacute;aires, il reste passif. Quand la Russie se r&eacute;arme, soutient l&rsquo;Iran et menace l&rsquo;Union europ&eacute;enne, il &eacute;voque un d&eacute;sarmement nucl&eacute;aire mondial. <\/p>\n<p>Cela rappelle Jimmy Carter, sous qui l&rsquo;Am&eacute;rique atteignit son nadir g&eacute;opolitique. Et le dollar son taux le plus bas du XXe si&egrave;cle. Mais aussi Mikha&iuml;l Gorbatchev, sous qui l&rsquo;URSS &ndash; c&rsquo;est &agrave; dire un Empire russe vieux de trois si&egrave;cles &ndash; se d&eacute;sint&eacute;gra.<\/p>\n<p><strong>&copy; Michel Gurfinkiel &amp; Hamodia, 2009<\/strong><\/p>\n<p>\n<\/p>\n<p><\/span><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<\/p>\n<p>Le dollar baisse. 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