{"id":313,"date":"2009-06-17T19:28:01","date_gmt":"2009-06-17T17:28:01","guid":{"rendered":"http:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/?p=313"},"modified":"2021-01-14T21:13:45","modified_gmt":"2021-01-14T20:13:45","slug":"iran-le-pouvoir-et-ses-doubles","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/iran-le-pouvoir-et-ses-doubles\/","title":{"rendered":"Iran\/ Le pouvoir et ses doubles"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"vertical-align: inherit;\"><span style=\"vertical-align: inherit;\"><\/p>\n<p>Le r&eacute;gime Khamenei a mont&eacute; la candidature Moussavi pour discr&eacute;diter l&rsquo;opposition lib&eacute;rale. Mais l&rsquo;op&eacute;ration a trop bien march&eacute;.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>L&rsquo;Iran contemporain repose, comme la plupart des r&eacute;gimes totalitaires, sur un d&eacute;doublement syst&eacute;matique des pouvoirs. <\/p>\n<p>Dans les r&eacute;gimes totalitaires marxistes (Russie, Europe de l&rsquo;Est, Chine, Cor&eacute;e du Nord, Vietnam, Cambodge, Cuba), l&rsquo;Etat, appareil administratif, &eacute;tait ou est toujours subordonn&eacute; au parti communiste, instrument de la R&eacute;volution, autoris&eacute; &agrave; agir au-dessus des lois. Le chef de l&rsquo;Etat n&rsquo;exer&ccedil;ait ou n&rsquo;exerce qu&rsquo;une autorit&eacute; de fa&ccedil;ade. Le chef du parti (L&eacute;nine, Staline, Khroutchev ou Brejnev en Russie, Mao et Deng en Chine, Kim p&egrave;re et fils en Cor&eacute;e du Nord) &eacute;tait ou est le v&eacute;ritable ma&icirc;tre. <\/p>\n<p>Dans les r&eacute;gimes totalitaires fascistes (Italie mussolinienne, Allemagne hitl&eacute;rienne), l&rsquo;Etat &eacute;tait subordonn&eacute; au parti unique, instrument de la communaut&eacute; nationale ou raciale (nation, Volk), plac&eacute; par nature au-dessus des lois. Le chef de l&rsquo;Etat (le roi en Italie, le pr&eacute;sident du Reich en Allemagne jusqu&rsquo;en 1934) n&rsquo;exer&ccedil;ait qu&rsquo;une autorit&eacute; symbolique. Le chef du parti (le Duce en Italie, le F&uuml;hrer en Allemagne) &eacute;tait le v&eacute;ritable ma&icirc;tre. Quand le chef du parti devenait chef de l&rsquo;Etat (Hitler d&egrave;s 1934 en Allemagne, Mussolini en Italie du Nord &agrave; partir de 1943), il restait avant tout chef du parti.<\/p>\n<p>Il en va de m&ecirc;me dans l&rsquo;Iran actuel. D&rsquo;un c&ocirc;t&eacute;, il y a un pouvoir d&rsquo;Etat, la R&eacute;publique islamique, avec son pr&eacute;sident &eacute;lu, son parlement &eacute;lu, ses pouvoirs locaux &eacute;lus. De l&rsquo;autre un pouvoir religieux, le Guide spirituel (<em>Rahbar<\/em> en persan). Le pouvoir d&rsquo;Etat est agenc&eacute; comme une d&eacute;mocratie, o&ugrave; plusieurs personnalit&eacute;s ou partis entrent en concurrence lors de chaque &eacute;lection. Le pouvoir religieux est une monarchie : le Guide spirituel occupe ses fonctions &agrave; vie. Le pouvoir d&rsquo;Etat est subordonn&eacute; au pouvoir religieux, en vertu de l&rsquo;article 110 de la constitution, qui permet &agrave; celui-ci de <em>&laquo; contr&ocirc;ler &raquo;<\/em> toutes les d&eacute;cisions et activit&eacute;s de celui-l&agrave;.<\/p>\n<p>Ce d&eacute;doublement syst&eacute;matique des pouvoirs semble avoir r&eacute;sult&eacute;, dans un premier temps, de consid&eacute;rations purement pragmatiques : les r&eacute;gimes totalitaires ont &eacute;t&eacute; cr&eacute;&eacute;s par des &laquo; minorit&eacute;s agissantes &raquo;, &agrave; la suite de coups d&rsquo;Etat ; pour conserver le pouvoir, les nouveaux ma&icirc;tres devaient s&rsquo;allier &agrave; une partie au moins des &eacute;lites en place. D&rsquo;o&ugrave; une sorte de <em>&laquo; Yalta &raquo;<\/em>, de partage des comp&eacute;tences : le pouvoir administratif, quotidien (avec les nombreux privil&egrave;ges qu&rsquo;il implique), aux &eacute;lites traditionnelles ralli&eacute;es au nouveau r&eacute;gime ; le pouvoir supr&ecirc;me (avec d&rsquo;autres privil&egrave;ges et la perspective, &agrave; terme, d&rsquo;&eacute;liminer les &eacute;lites traditionnelles) aux r&eacute;volutionnaires.<\/p>\n<p>Dans un deuxi&egrave;me temps, le d&eacute;doublement est devenu, en soi, un moyen d&rsquo;an&eacute;antir les oppositions &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur, et de d&eacute;sarmer les hostilit&eacute;s &agrave; l&rsquo;ext&eacute;rieur. Il cr&eacute;e en effet ce que l&rsquo;&eacute;crivain George Orwell a qualifi&eacute; de <em>&laquo; novlangue &raquo;<\/em> et le philosophe Alain Besan&ccedil;on de <em>&laquo; sid&eacute;ration &raquo;<\/em> : une confusion et une perversion syst&eacute;matiques des concepts et des discours.<\/p>\n<p>Dans un troisi&egrave;me temps, tous les r&eacute;gimes totalitaires modernes se r&eacute;clament, d&rsquo;une fa&ccedil;on ou d&rsquo;une autre, d&rsquo;une <em>&laquo; r&eacute;volte &raquo;<\/em> du <em>&laquo; peuple &raquo;<\/em>. Ils doivent donc passer symboliquement par une investiture &agrave; caract&egrave;re d&eacute;mocratique, quitte &agrave; l&rsquo;oublier ensuite.<\/p>\n<p>Quatri&egrave;mement, dans le cas sp&eacute;cifique de l&rsquo;Iran, la r&eacute;volution a &eacute;t&eacute; men&eacute;e au nom du chiisme duod&eacute;cimain, un ultra-l&eacute;gitimisme politico-religieux centr&eacute; sur la descendance d&rsquo;Ali, gendre du Proph&egrave;te, et qui, comme tous les l&eacute;gitimismes, a fini par tourner &agrave; la contestation de tous les pouvoirs &eacute;tablis, y compris des monarchies qui se sont r&eacute;clam&eacute;es de lui. L&rsquo;id&eacute;e d&rsquo;une <em>&laquo; R&eacute;publique islamique &raquo;<\/em>, c&rsquo;est &agrave; dire d&rsquo;une hybridation de cet antimonarchisme chiite traditionnel et des id&eacute;es d&eacute;mocratiques ou lib&eacute;rales occidentales, a fait partie de l&rsquo;id&eacute;ologie chiite iranienne depuis la fin du XIXe si&egrave;cle. Khomeini, en organisant la lutte contre la dynastie Palahvi &agrave; partir des ann&eacute;es 1960, ne pouvait l&rsquo;ignorer ou en disposer. Il a tourn&eacute; la difficult&eacute; avec ce qui reste son principal apport doctrinal : la th&eacute;orie du <em>&laquo; gouvernement de l&rsquo;expert religieux &raquo;<\/em> (<em>Vilayet e-faqih<\/em> en persan), qui n&rsquo;est que l&rsquo;adaptation au chiisme&nbsp; du d&eacute;doublement des pouvoirs pratiqu&eacute; par les r&eacute;gimes marxistes ou fascistes. Selon cette th&eacute;orie, la d&eacute;mocratie est le r&eacute;gime islamique id&eacute;al &ndash; &agrave; condition d&rsquo;&ecirc;tre supervis&eacute;e par un dictateur religieux.<\/p>\n<p>En termes concrets, l&rsquo;Iran a &eacute;t&eacute; dirig&eacute;, depuis 1979, par deux tyrans : Ruhollah Khomeini, fondateur du r&eacute;gime, qui a r&eacute;gn&eacute; pendant dix ans, jusqu&rsquo;&agrave; son tr&eacute;pas en 1989 ; et le successeur d&eacute;sign&eacute; et investi par Khomeini lui-m&ecirc;me, l&rsquo;ayatollah Ali Khamenei, en place depuis vingt ans. Les pr&eacute;sidents &eacute;lus n&rsquo;ont &eacute;t&eacute; que des ex&eacute;cutants aux comp&eacute;tences plus ou moins &eacute;tendues, recrut&eacute;s dans l&rsquo;entourage imm&eacute;diat du Guide : Abolhassan Bani-Sadr, le premier pr&eacute;sident, &laquo; fils adoptif &raquo; de Khomeini, &eacute;lu en 1980, destitu&eacute; et contraint &agrave; l&rsquo;exil d&egrave;s 1981 ; Mohamed Ali Rajai, apparatchik assassin&eacute; en 1981 un mois seulement apr&egrave;s son &eacute;lection ;&nbsp; l&rsquo;ayatollah Khamenei, qui affiche pendant ses deux mandats, de 1981 &agrave; 1989, une servilit&eacute; absolue envers Khomeini ; Ali-Akbar Hashemi-Rafsanjani, chef de l&rsquo;Etat de 1989 &agrave; 1997, qui croit, ayant &eacute;t&eacute; le plus proche collaborateur du Guide d&eacute;funt, pouvoir faire jeu &eacute;gal avec Khameini, mais que celui-ci, fort de sa nouvelle autorit&eacute;, va peu &agrave; peu mettre au pas ; Mohamed Khatami, ministre de la Culture et de l&rsquo;Orientation islamique &ndash; c&rsquo;est &agrave; dire responsable de l&rsquo;id&eacute;ologie &#8211; sous Khomeini et au d&eacute;but de l&rsquo;&egrave;re Khamenei, qui fait office de pr&eacute;sident <em>&laquo; d&rsquo;ouverture &raquo;<\/em> de 1997 &agrave; 2005 ; et enfin Mahmoud Ahmadinejad, ancien commissaire politique des milices du r&eacute;gime (<em>Pasdaran <\/em>et <em>Basij)<\/em>, et donc, &agrave; ce titre, cr&eacute;ature de Khamenei, commandant supr&ecirc;me de toutes les forces militaires ou <em>&laquo; de s&eacute;curit&eacute; &raquo;<\/em>.<\/p>\n<p>Les candidats malheureux &agrave; la pr&eacute;sidence pr&eacute;sentent exactement le m&ecirc;me profil. Mir Hossein Moussavi, le candidat soi disant <em>&laquo; lib&eacute;ral &raquo;<\/em> de 2009, a &eacute;t&eacute; le premier ministre de la R&eacute;publique islamique de 1981 &agrave; 1989, sous l&rsquo;autorit&eacute; directe de Khomeini et alors que Khamenei &eacute;tait pr&eacute;sident. Il a si&eacute;g&eacute; depuis dans tous les ar&eacute;opages du r&eacute;gime. Y compris le Conseil d&apos;Evaluation, un organisme inf&eacute;od&eacute; au Guide dont la fonction principale est&hellip; de s&eacute;lectionner les candidats aux diverses &eacute;lections. <\/p>\n<p>Pourquoi Moussavi a-t-il fait campagne contre Ahmadinejad ? De nombreux analystes pensent que Khamenei et ses conseillers voulaient contrecarrer l&rsquo; <em>&laquo; effet Obama &raquo;<\/em> : la mont&eacute;e, au sien de l&rsquo;opinion iranienne, d&rsquo;un mouvement tirant pr&eacute;texte du <em>&laquo; pro-islamisme &raquo; <\/em>du nouveau pr&eacute;sident am&eacute;ricain afin de pr&eacute;coniser une r&eacute;conciliation avec les Etats-Unis et l&rsquo;Occident. A cette fin, une strat&eacute;gie en deux temps a &eacute;t&eacute; &eacute;labor&eacute;e : autoriser Moussavi &agrave; incarner une ligne lib&eacute;rale ; puis le faire battre par Ahmadinejad.<\/p>\n<p>Mais apparemement, le vote <em>&laquo; ahmadinejadiste &raquo;<\/em> a &eacute;t&eacute; trop faible, m&ecirc;me dans un contexte de fraudes et de manipulations. D&rsquo;o&ugrave; les &eacute;meutes actuelles. <\/p>\n<p><strong>&copy; Michel Gurfinkiel &amp; Hamodia, 2009<\/strong><br \/>\n&nbsp;<\/p>\n<p><\/span><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<\/p>\n<p>Le r&eacute;gime Khamenei a mont&eacute; la candidature Moussavi pour discr&eacute;diter l&rsquo;opposition lib&eacute;rale. Mais l&rsquo;op&eacute;ration a trop bien march&eacute;.<\/p>\n<\/p>\n<p> <a href=\"http:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/iran-le-pouvoir-et-ses-doubles\/\">&nbsp;&raquo;&nbsp;Read more about: Iran\/ Le pouvoir et ses doubles &nbsp;&raquo;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[657],"tags":[159],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/313"}],"collection":[{"href":"http:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=313"}],"version-history":[{"count":2,"href":"http:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/313\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1947,"href":"http:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/313\/revisions\/1947"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=313"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=313"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=313"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}