{"id":474,"date":"2006-12-26T18:54:05","date_gmt":"2006-12-26T17:54:05","guid":{"rendered":"http:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/?p=474"},"modified":"2021-01-14T21:14:07","modified_gmt":"2021-01-14T20:14:07","slug":"etats-unis-rapport-sur-baker","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/etats-unis-rapport-sur-baker\/","title":{"rendered":"Etats-Unis\/ Rapport sur Baker"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"vertical-align: inherit;\"><span style=\"vertical-align: inherit;\">Depuis trente ans, James Baker est l&apos;&acirc;me du lobby anti-isra&eacute;lien &agrave; Washington. Int&eacute;r&ecirc;ts financiers, obsessions et manigances.<!--more-->Comment d&eacute;finir le <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; rapport Baker &quot;<\/span> ? Un monument de perfidie ? Un chef d&rsquo;oeuvre de sottise ? L&rsquo;apoth&eacute;ose d&rsquo;un gentleman cynique et born&eacute; ? On a l&rsquo;embarras du choix.<\/p>\n<p>Rappelons les faits. D&eacute;but 2006, l&rsquo;opinion am&eacute;ricaine commence &agrave; s&rsquo;interroger sur l&rsquo;Irak. A juste titre. Et &agrave; reprocher &agrave; l&rsquo;administration George W. Bush de conduire les op&eacute;rations de fa&ccedil;on trop souveraine. Certes, le pr&eacute;sident des Etats-Unis est, selon la lettre de la constitution, le commandant&nbsp; supr&ecirc;me des forces arm&eacute;es et le seul ma&icirc;tre de la politique &eacute;trang&egrave;re. Mais l&rsquo;usage, la coutume,&nbsp; veulent qu&rsquo;un probl&egrave;me d&rsquo;une telle gravit&eacute; fasse l&rsquo;objet d&rsquo;un consensus entre les deux partis nationaux, celui qui est au pouvoir et celui qui est dans l&rsquo;opposition. Surtout quand le parti au pouvoir risque de ne plus y &ecirc;tre &agrave; br&egrave;ve &eacute;ch&eacute;ance. <\/p>\n<p>Les r&eacute;publicains dominent encore les deux Chambres du Congr&egrave;s. Mais les sondages indiquent que les d&eacute;mocrates pourraient se substituer &agrave; eux lors des scrutins de la mi-mandat,&nbsp; au mois de novembre 2006. Pour prouver sa bonne foi &agrave; l&rsquo;avance,&nbsp; et se poser, en cas de d&eacute;faite r&eacute;publicaine, en homme de compromis, le pr&eacute;sident Bush se r&eacute;signe donc &agrave; accepter la cr&eacute;ation d&rsquo;une commission mixte, moiti&eacute; r&eacute;publicaine, moiti&eacute; d&eacute;mocrate,&nbsp; charg&eacute;e non pas d&rsquo; <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; enqu&ecirc;ter &quot;<\/span> sur l&rsquo;Irak, ce qui supposerait a priori de graves fautes, mais d&rsquo; <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; examiner la situation sur le terrain &quot;<\/span> . En anglais : <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; A fact finding commission &quot; . <\/span><\/p>\n<p>C&rsquo;est sur le conseil de son p&egrave;re, l&rsquo;ancien pr&eacute;sident George H. W. Bush, dont il ne partage gu&egrave;re les id&eacute;es par ailleurs, que le pr&eacute;sident actuel recourt &agrave; cette proc&eacute;dure. L&rsquo;un des principaux collaborateurs de Bush p&egrave;re,&nbsp; James Baker,&nbsp; en est le ma&icirc;tre d&rsquo;&oelig;uvre. En th&eacute;orie,&nbsp; la commission est mandat&eacute;e par le Congr&egrave;s, avec l&rsquo;assentiment de la Maison Blanche. Mais elle est g&eacute;r&eacute;e par trois fondations priv&eacute;es. Dont celle de M. Baker lui-m&ecirc;me.<\/p>\n<p>Ce dernier est le type m&ecirc;me du millionnaire texan sans &eacute;tats d&rsquo;&acirc;me. Le <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; J. R. &quot;<\/span> du feuilleton <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>Dallas<\/span> &ndash; pedigree et bonnes mani&egrave;res en plus. Un journaliste am&eacute;ricain d&rsquo;origine libanaise chr&eacute;tienne, Joseph Farah, directeur du journal internet <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>World Daily News<\/span>, utilise une image plus fort : <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; Un souteneur l&eacute;gal au service de l&rsquo;Arabie Saoudite &quot;<\/span>&nbsp; (<span style=&quot;font-style: italic;&quot;>WND<\/span>, 8 d&eacute;cembre 2006). En anglais : <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; A legal pimp for Saudi Arabia &quot;<\/span>.<\/p>\n<p>James Addison Baker III est l&rsquo;h&eacute;ritier d&rsquo;un cabinet d&rsquo;avocats fond&eacute; en 1840, &agrave; l&rsquo;&eacute;poque o&ugrave; le Texas &eacute;tait encore un Etat ind&eacute;pendant,&nbsp; par Peter Gray, le colonel W. B. Botts et le juge James Baker, premier du nom. En 1874, Gray, nomm&eacute; &agrave; la Cour supr&ecirc;me du Texas,&nbsp; vend ses parts &agrave; ses associ&eacute;s : le cabinet prend le nom de Baker &amp; Botts. En 2000, il est devenu&nbsp; Baker Botts LLP.<\/p>\n<p>Selon son histoire officielle en ligne (www. bakerbotts.com),&nbsp; ce cabinet travaille d&rsquo;abord pour les plus grosses fortunes du Texas, issues de l&rsquo;agriculture latifundiaire : les <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; rois &quot; <\/span>du coton, du riz, de la canne &agrave; sucre, du bois. Il s&rsquo;oriente ensuite vers les activit&eacute;s portuaires et les chemins de fer. A partir de 1901, il se sp&eacute;cialise dans le p&eacute;trole. Parmi ses clients : <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; Humble Oil (pr&eacute;curseur d&rsquo;Exxon), Gulf Oil (qui a int&eacute;gr&eacute; Chevron par la suite), Texas Co (aujourd&rsquo;hui Texaco) &quot;.<\/span> Sans parler de la compagnie de forage p&eacute;troliers d&rsquo;Howard Hughes, rachet&eacute;e par la famille Baker et connue aujourd&rsquo;hui sous le nom de Baker Hughes. <\/p>\n<p>N&eacute; en 1930, James Addison Baker III suit dans sa jeunesse le cursus des patriciens :&nbsp; <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; college &quot;<\/span> &agrave; Princeton, service militaire dans le corps des Marines (il atteint le rang de lieutenant), &eacute;cole de droit de l&rsquo;Universit&eacute; du Texas, exercice de la profession d&rsquo;avocat dans un cabinet ami, Andrews &amp; Kurth. <\/p>\n<p>Mais sa passion, c&rsquo;est la politique. En bon Texan, c&rsquo;est &agrave; dire en Sudiste, il appartient&nbsp; d&rsquo;abord au parti d&eacute;mocrate : les r&eacute;publicains ayant &eacute;t&eacute; pendant la Guerre de S&eacute;cession le parti de Lincoln et donc du Nord anti-esclavagiste,&nbsp; les d&eacute;mocrates sont en effet pendant pr&egrave;s d&rsquo;un si&egrave;cle, des ann&eacute;es 1880 aux ann&eacute;es 1960, celui d&rsquo;un Sud vaincu puis restaur&eacute;, o&ugrave; l&rsquo;esclavage a &eacute;t&eacute; remplac&eacute; par la s&eacute;gr&eacute;gation raciale. <\/p>\n<p>Mais dans les ann&eacute;es 1960, les pr&eacute;sidents d&eacute;mocrates John Kennedy et Lyndon Johnson lancent la politique dite des <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; droits civiques &quot;,<\/span> qui met fin &agrave; la s&eacute;gr&eacute;gation et organise l&rsquo;int&eacute;gration d&eacute;finitive des Noirs dans la soci&eacute;t&eacute; am&eacute;ricaine. Les Blancs du Sud passent alors en bloc au parti r&eacute;publicain. James Baker suit le mouvement. <\/p>\n<p>Dans son nouveau parti, il est d&rsquo;abord le directeur de campagne de George H. W. Bush, un patricien r&eacute;publicain de Nouvelle-Angleterre transplant&eacute; dans le Sud, qui brigue le poste de s&eacute;nateur du Texas apr&egrave;s deux ann&eacute;es &agrave; la Chambre des Repr&eacute;sentants. Cette premi&egrave;re exp&eacute;rience tourne court. Bush p&egrave;re avait &eacute;t&eacute; dans les ann&eacute;es 1960 un partisan de la s&eacute;gr&eacute;gation raciale et de la peine de mort pour les <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; homosexuels r&eacute;cidivistes &quot;. <\/span>Au seuil des ann&eacute;es 1970, il arbore un visage plus mod&eacute;r&eacute;, celui d&rsquo;un <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; r&eacute;publicain classique &quot;. <\/span>Cela ne convainc pas les Texans lib&eacute;raux &ndash; y compris l&rsquo;&eacute;lectorat noir, d&eacute;sormais important. Mais cela l&rsquo;emp&ecirc;che de mobiliser ses anciens amis d&rsquo;extr&ecirc;me-droite.<\/p>\n<p>En d&eacute;pit de cet &eacute;chec, Bush p&egrave;re et Baker deviennent amis. Ils ont les m&ecirc;mes sensibilit&eacute;s, les m&ecirc;mes r&eacute;flexes. Et les m&ecirc;mes int&eacute;r&ecirc;ts dans l&rsquo;industrie p&eacute;troli&egrave;re texane. <\/p>\n<p>Sa position sociale,&nbsp; ses convictions conservatrices,&nbsp; sa froideur d&eacute;sinvolte, lui valent de devenir sous-secr&eacute;taire au Commerce dans l&rsquo;administration Ford, de l&rsquo;&eacute;t&eacute; 1974 &agrave; janvier 1977. En 1978, il tente de se faire &eacute;lire Attorney General&nbsp; (procureur g&eacute;n&eacute;ral) du Texas. Il est battu.<\/p>\n<p>Deux ans plus tard, en 1980, il dirige la campagne de Bush p&egrave;re aux primaires r&eacute;publicaines. Echec, &agrave; nouveau : le <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; r&eacute;publicain classique &quot;<\/span> est battu par Ronald Reagan,&nbsp; r&eacute;publicain populiste et &ndash; d&eacute;j&agrave; &#8211; <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; n&eacute;oconservateur &quot;<\/span>.<\/p>\n<p>Sans rancune,&nbsp; ou plut&ocirc;t soucieux de l&rsquo;unit&eacute; du parti r&eacute;publicain, Reagan fait de Bush p&egrave;re son vice-pr&eacute;sident et, une fois &eacute;lu, nomme Baker chef de cabinet de la Maison Blanche : un des postes-cl&eacute;s techniques de la nouvelle administration. En 1984, Baker sera le directeur de campagne pour la r&eacute;&eacute;lection du tandem Reagan-Bush. Pour la premi&egrave;re fois, il r&eacute;ussit. Il est vrai que l&rsquo;opinion am&eacute;ricaine est alors massivement reaganienne, &agrave; pr&egrave;s de 60 %. A vaincre sans p&eacute;ril&hellip;<\/p>\n<p>Baker devient secr&eacute;taire au Tr&eacute;sor dans la seconde administration Reagan, de 1985 &agrave; 1989. En 1988, il dirige la campagne pr&eacute;sidentielle de Bush p&egrave;re. Victoire avec&nbsp; 53,4 % des voix,&nbsp; ce qui repr&eacute;sente une petite baisse par rapport au pl&eacute;biscite de 1984. En fait, la campagne reposait sur un seul argument :&nbsp; votez&nbsp; pour Bush, l&rsquo;h&eacute;ritier de Reagan. Beaucoup d&rsquo;Am&eacute;ricains ont trouv&eacute;&nbsp; cela l&eacute;ger &ndash; ou inexact.<\/p>\n<p>En 1989, Bush p&egrave;re nomme Baker secr&eacute;taire d&rsquo;Etat.&nbsp; Le troisi&egrave;me poste officiel dans l&rsquo;ordre officiel am&eacute;ricain, apr&egrave;s la pr&eacute;sidence et la vice-pr&eacute;sidence. <\/p>\n<p>Le premier dossier br&ucirc;lant qui lui incombe, d&egrave;s l&rsquo;&eacute;t&eacute; 1989 : la chute du rideau de fer et la d&eacute;sint&eacute;gration des glacis sovi&eacute;tiques en Europe. Baker minimise l&rsquo;&eacute;v&eacute;nement. Deux ans plus tard, &agrave; la fin de l&apos;&eacute;t&eacute; 1991, il refuse d&rsquo;admettre que l&rsquo;URSS elle-m&ecirc;me a &eacute;clat&eacute; en seize Etats ind&eacute;pendants. Quelque chose le pousse &agrave; soutenir les r&eacute;gimes <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; forts &quot;<\/span>, m&ecirc;me rouges. En outre, l&rsquo;ex-URSS regorge de p&eacute;trole et de gaz naturel. Voil&agrave; qui int&eacute;resse au premier chef les p&eacute;troliers texans (le cabinet Baker Botts est pr&eacute;sent sur le march&eacute; russe depuis les ann&eacute;es 1970). Et les incline &agrave; la plus grande prudence.<\/p>\n<p>Second dossier : le Moyen-Orient. L&agrave; encore, Baker pense et r&eacute;agit en p&eacute;trolier. <\/p>\n<p>Depuis 1945, des liens organiques, symbiotiques, existent entre l&rsquo;industrie p&eacute;troli&egrave;re am&eacute;ricaine et les monarchies p&eacute;troli&egrave;res arabes : l&rsquo;Arabie Saoudite, mais aussi les &eacute;mirats du Golfe Persique. C&rsquo;est l&agrave;&nbsp; <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; le plus gros actif de la plan&egrave;te &quot;<\/span>, comme se plait &agrave; r&eacute;p&eacute;ter le s&eacute;nateur Barry Goldwater,&nbsp; le gourou de l&rsquo;aile droite r&eacute;publicaine depuis les ann&eacute;es 1960. En anglais : <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; The biggest piece of real estate in the world &quot;<\/span>. Les p&eacute;troliers am&eacute;ricains investissent dans le p&eacute;trole arabe,&nbsp; &agrave; tous les niveaux : de l&rsquo;extraction &agrave; la commercialisation. Ils servent d&rsquo;interm&eacute;diaires entre les familles r&eacute;gnantes arabes et le pouvoir politique am&eacute;ricain. Quand leurs partenaires deviennent vraiment tr&egrave;s riches, dans les ann&eacute;es 1970, ils les aident &agrave; n&eacute;gocier leurs achats aux Etats-Unis et dans d&rsquo;autres pays occidentaux : des BTP aux importations d&rsquo;armes. A chaque niveau ou &eacute;tape, les commissions et les avantages occultes s&rsquo;ajoutent aux dividendes de bon aloi. Baker Botts est l&rsquo;un des repr&eacute;sentants juridiques officiels de l&rsquo;Arabie Saoudite aux Etats-Unis.<\/p>\n<p>Aux yeux des p&eacute;troliers et de leurs amis,&nbsp; le soutien am&eacute;ricain &agrave; Isra&euml;l est une nuisance, une&nbsp; <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; erreur &quot;<\/span> : le nouvel Etat <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; s&rsquo;interpose &quot;<\/span> en effet entre les <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; partenaires naturels &quot; <\/span>am&eacute;ricains et arabes. Les autres consid&eacute;rations &ndash; la survie du peuple juif, les dangers g&eacute;opolitiques li&eacute;s au nationalisme arabe ou &agrave; l&rsquo;islam militant &ndash; ne les touchent pas.<\/p>\n<p>Certes,&nbsp; la plus grande partie de la classe dirigeante am&eacute;ricaine a partag&eacute; cette analyse dans les ann&eacute;es 1940 et 1950, y compris les <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; sages &quot;<\/span> de l&rsquo;imm&eacute;diat apr&egrave;s-guerre (George Marshall, John Forrestal, Dean Acheson, Averell Harriman, George Kennan,&nbsp; Charles Bohlen, etc). Truman&nbsp; &eacute;tait&nbsp; pass&eacute; outre,&nbsp; en ordonnant au repr&eacute;sentant am&eacute;ricain au Conseil de s&eacute;curit&eacute; de voter pour le partage de la Palestine en deux Etats le 29 novembre 1947, puis en reconnaissant Isra&euml;l le 14 mai 1948. Mais c&rsquo;&eacute;taient l&agrave; des d&eacute;cisions &agrave; la fois personnelles et momentan&eacute;es,&nbsp; dues &agrave; des consid&eacute;rations religieuses (Truman avait &eacute;t&eacute; &eacute;lev&eacute; dans le protestantisme &eacute;vang&eacute;lique,&nbsp; qui attache une valeur eschatologique au retour des juifs dans leur patrie) ou &eacute;lectorales (se concilier les voix juives lors des &eacute;lections de l&rsquo;automne 1948). Elles n&rsquo;ont pas eu de suite. De 1949 &agrave; 1961,&nbsp; pendant la plus grande partie du second mandat Truman et les deux mandats Eisenhower, l&rsquo;Am&eacute;rique adopte une attitude froide, sinon hostile, &agrave; l&rsquo;&eacute;gard d&rsquo;Isra&euml;l : pas d&rsquo;aide &eacute;conomique (&agrave; l&rsquo;exception des dons <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; charitables &quot;<\/span> de la communaut&eacute; juive), pas d&rsquo;aide militaire (un embargo interdit m&ecirc;me &agrave; cette &eacute;poque les exportations de mat&eacute;riel militaire am&eacute;ricain vers l&rsquo;Etat juif), pas de coop&eacute;ration diplomatique (les Etats-Unis imposent l&rsquo;&eacute;vacuation imm&eacute;diate du Sina&iuml; apr&egrave;s la campagne de Suez, en 1956).<\/p>\n<p>Mais dans les ann&eacute;es 1960 et au d&eacute;but des ann&eacute;es 1970, sous les administrations d&eacute;mocrates Kennedy et Johnson, puis sous l&rsquo;administration r&eacute;publicaine Nixon, Washington entame un rapprochement avec J&eacute;rusalem qui finit par conduire &agrave; une v&eacute;ritable alliance. <\/p>\n<p>Aux yeux des p&eacute;troliers et de leurs amis, le <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; lobby &quot;<\/span> le plus puissant du pays, cette <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; d&eacute;rive &quot;<\/span>&nbsp; ne peut s&rsquo;expliquer que par l&rsquo;action d&rsquo;un <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; lobby juif &quot;<\/span> au moins aussi puissant : cas classique d&rsquo;une projection sur l&rsquo;adversaire de son propre comportement. <\/p>\n<p>La r&eacute;alit&eacute; est plus prosa&iuml;que : les Etats-Unis se rapprochent d&rsquo;Isra&euml;l parce que le <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; partenariat &quot;<\/span>&nbsp; am&eacute;ricano-arabe ne remplit pas ses promesses. De nombreux pays arabes &#8211; le plus important d&rsquo;entre eux, l&rsquo;Egypte, mais aussi des pays p&eacute;troliers comme l&rsquo;Irak, l&rsquo;Alg&eacute;rie ou la Libye &#8211; se sont align&eacute;s sur l&rsquo;URSS (d&egrave;s les ann&eacute;es Eisenhower dans le&nbsp; cas de l&rsquo;Egypte et de l&rsquo;Irak). D&rsquo;autres &ndash; &agrave; commencer par l&rsquo;Arabie Saoudite &ndash; ont pris leurs distances avec les Etats-Unis, notamment en demandant&nbsp; la fermeture des bases am&eacute;ricaines. Tous se sont lanc&eacute;s dans une guerre &eacute;conomique contre l&rsquo;Occident en g&eacute;n&eacute;ral et les Etats-Unis en particulier, en mena&ccedil;ant de d&eacute;cr&eacute;ter des embargos sur le p&eacute;trole dans le contexte du conflit isra&eacute;lo-arabe, puis, &agrave; partir de 1973, en augmentant sans cesse le prix de cette ressource. Pendant l&rsquo;hiver 1973-1974,&nbsp; l&rsquo;attitude arabe est si hostile que les Etats-Unis envisagent&nbsp; presque officiellement de se saisir des puits de p&eacute;trole du Golfe Persique, y compris en territoire saoudien.<\/p>\n<p>Par contraste, la dimension humaine d&rsquo;Isra&euml;l et ses atouts strat&eacute;giques ressortent mieux. La mont&eacute;e de l&rsquo;islamisme, chiite (Khomeini) puis sunnite (Al-Qaida), ne fera que renforcer cette perception, de la fin des ann&eacute;es 1970 aux ann&eacute;es 1990 et 2000. <\/p>\n<p>Le lobby pro-arabe contre-attaque.&nbsp; La guerre des Six Jours lui fournit une argumentation moins cynique que le seul int&eacute;r&ecirc;t p&eacute;trolier. <\/p>\n<p>&gt; Au cours de ce conflit, l&rsquo;Etat juif a pris le contr&ocirc;le de territoires situ&eacute;s au-del&agrave; de la ligne de d&eacute;marcation &eacute;tablie en 1949, &agrave; l&rsquo; issue de la premi&egrave;re guerre isra&eacute;lo-arabe (la <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; ligne verte &quot;<\/span>) : les quartiers Est de J&eacute;rusalem, la Cisjordanie et Gaza. Il a &eacute;galement occup&eacute; des territoires situ&eacute;s au-del&agrave; des fronti&egrave;res internationales de l&rsquo;ancienne Palestine mandataire : le Golan, le Sina&iuml;. Le lobby pro-arabe affirme que les pays arabes et musulmans, ou du moins <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; les plus mod&eacute;r&eacute;s &quot;<\/span> d&rsquo;entre eux,&nbsp; feront la paix avec Isra&euml;l quand celui-ci aura r&eacute;troc&eacute;d&eacute; ces conqu&ecirc;tes : <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; La paix contre les territoires &quot;.<\/span> La formule frappe par sa simplicit&eacute; et son apparente &eacute;quit&eacute;. En fait, elle permet d&rsquo;&eacute;luder les vraies questions : pourquoi les pays arabes ont-ils refus&eacute; le partage de la Palestine en 1947, pourquoi se sont-ils refus&eacute; par la suite &agrave; reconna&icirc;tre Isra&euml;l, pourquoi ont-ils multipli&eacute; les agressions &agrave; son &eacute;gard avant 1967, quand il n&rsquo;occupait aucun territoire situ&eacute; au del&agrave; de la ligne verte, pourquoi ont-il refus&eacute; apr&egrave;s 1967 une offre isra&eacute;lienne de n&eacute;gociation globale,&nbsp; comment Isra&euml;l peut-il assurer sa s&eacute;curit&eacute; &agrave; long terme&nbsp; contre des agresseurs r&eacute;cidivistes sans la profondeur strat&eacute;gique assur&eacute;e par les conqu&ecirc;tes&hellip;<\/p>\n<p>&gt; La ligne verte des ann&eacute;es 1949-1967 accordait &agrave; Isra&euml;l un territoire plus important et surtout plus coh&eacute;rent, en termes g&eacute;ographiques et g&eacute;ostrat&eacute;giques,&nbsp; que celui qui lui avait &eacute;t&eacute; attribu&eacute; par le plan de partage de 1947. Mais pour l&rsquo;essentiel,&nbsp; elle &eacute;tait conforme &agrave; l&rsquo;id&eacute;e d&rsquo;une partition de la Palestine entre deux communaut&eacute;s : les juifs, devenus&nbsp; la nation isra&eacute;lienne, et les Arabes palestiniens, devenus Palestiniens tout court. La guerre des Six Jours modifie cette perception. Dans la mesure o&ugrave; Isra&euml;l, a posteriori, contr&ocirc;le d&eacute;sormais&nbsp; l&rsquo;ensemble de la Palestine mandataire,&nbsp; on peut l&rsquo;accuser de n&rsquo;avoir jamais r&eacute;ellement accept&eacute;, a priori, le plan de partage. Et m&ecirc;me d&rsquo;avoir pr&eacute;m&eacute;dit&eacute; d&egrave;s l&rsquo;origine une spoliation compl&egrave;te du peuple arabe palestinien. Ce raisonnement, contraire &agrave; la r&eacute;alit&eacute; historique, implique qu&rsquo;un retrait isra&eacute;lien des territoires occup&eacute;s en 1967 ne suffirait pas &agrave; assurer la paix : il faudrait en outre que celle-ci soit <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; juste &quot;<\/span>, c&rsquo;est &agrave; dire <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; r&eacute;tablir &quot;&nbsp;<\/span> les Palestiniens dans leurs droits naturels et l&eacute;gitimes &ndash; l&rsquo;ind&eacute;pendance nationale mais aussi le retour des <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; r&eacute;fugi&eacute;s de 1948 &quot;<\/span> dans leurs <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; foyers &quot;<\/span>, situ&eacute;s en-de&ccedil;&agrave; de la ligne verte,&nbsp; dans le <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; petit Isra&euml;l &quot;<\/span> des ann&eacute;es 1949-1967.<\/p>\n<p>Ainsi red&eacute;fini, le d&eacute;bat entre pro-arabes et pro-isra&eacute;liens prend une importance exceptionnelle dans la politique am&eacute;ricaine.&nbsp; Le Congr&egrave;s penche vers Isra&euml;l : en raison de la mobilisation de communaut&eacute; juive, sans doute, mais aussi, dans un pays qui reste profond&eacute;ment attach&eacute; &agrave; la Bible et une vision id&eacute;aliste de la d&eacute;mocratie, de la plus grande partie de l&rsquo;opinion publique. Le Pentagone et les milieux strat&eacute;giques vont souvent dans le m&ecirc;me sens, au fur et &agrave; mesure que l&rsquo;Etat juif fait la preuve de son excellence militaire. <\/p>\n<p>En face, le lobby p&eacute;trolier a trouv&eacute; des alli&eacute;s au D&eacute;partement d&rsquo;Etat, traditionnellement pro-arabe ; dans des milieux marqu&eacute;s par les divers antis&eacute;mitismes chr&eacute;tiens, aussi bien protestants que catholiques ou orthodoxes ; et aussi &agrave; l&rsquo;extr&ecirc;me-gauche,&nbsp; o&ugrave; l&rsquo; <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; antisionisme &quot;,<\/span> dans sa version tiers-mondiste revue et corrig&eacute;e par Noam Chomsky, devient un dogme. <\/p>\n<p>Au milieu, la Maison Blanche oscille. Lyndon Johnson et Richard Nixon, relativement pro-isra&eacute;liens, laissent le D&eacute;partement d&rsquo;Etat mener une politique relativement&nbsp; anti-isra&eacute;lienne. Secr&eacute;taire d&rsquo;Etat &agrave; la fin de l&rsquo;&egrave;re Nixon puis sous le r&eacute;publicain Gerald Ford, Henry Kissinger bride ses sentiments pro-isra&eacute;liens, sauf pendant la guerre de Kippour, en 1973. Le d&eacute;mocrate Jimmy Carter (marqu&eacute; par l&rsquo;antijuda&iuml;sme baptiste) et son conseiller Zbigniew Brzezinski (marqu&eacute; par l&rsquo;antis&eacute;mitisme catholique, version polono-ukrainienne) sont anti-isra&eacute;liens. Le r&eacute;publicain Reagan est relativement pro-isra&eacute;lien : mais son entourage comprend &agrave; la fois des pro-isra&eacute;liens convaincus, comme les secr&eacute;taires d&rsquo;Etat Alexander Haig puis George Shultz, et des anti-isra&eacute;liens r&eacute;solus, comme le vice-pr&eacute;sident Bush, le secr&eacute;taire &agrave; la D&eacute;fense Caspar Weinberger et enfin Baker. R&eacute;trospectivement,&nbsp; cette administration appara&icirc;t comme pro-isra&eacute;lienne. Mais pendant un bref moment, pendant l&rsquo;&eacute;t&eacute; 1982, elle m&egrave;nera une politique anti-isra&eacute;lienne d&rsquo;une violence sans pr&eacute;c&eacute;dent. <\/p>\n<p>En devenant secr&eacute;taire d&rsquo;Etat de George H. W. Bush en janvier 1989, Baker pense &ecirc;tre investi d&rsquo;une mission historique : assurer la victoire d&eacute;finitive du lobby pro-arabe sur le <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; lobby juif &quot;.<\/span> Dans le portrait qu&rsquo;il lui consacre le 13 f&eacute;vrier 1989, le magazine <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>Time<\/span> lui attribue une comparaison singuli&egrave;re entre la chasse au faisan et les relations diplomatiques am&eacute;ricano-isra&eacute;liennes : <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; L&rsquo;important, c&rsquo;est&nbsp; de les amener&nbsp; l&agrave; o&ugrave; vous voulez, aux conditions que vous aurez d&eacute;finies. D&egrave;s lors, c&rsquo;est vous qui contr&ocirc;lez la situation, pas eux. C&rsquo;est vous qui avez les options. Qui savez s&rsquo;il faut appuyer sur la gachette ou non. &quot;<\/span><\/p>\n<p>Moshe Arens, qui &eacute;tait &agrave; cette &eacute;poque le ministre isra&eacute;lien des Affaires &eacute;trang&egrave;res puis de la D&eacute;fense, a d&eacute;crit en d&eacute;tail dans un livre intitul&eacute; <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>Broken Covenant&nbsp;<\/span> (<span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; Le pacte bris&eacute; &quot;<\/span>) ses relations avec Baker et le plus proche collaborateur,&nbsp; l&rsquo;amiral Brent Scowcroft,&nbsp; chef du Conseil national de s&eacute;curit&eacute;. Scowcroft,&nbsp; <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; raide comme un &eacute;pouvantail &quot;<\/span>,&nbsp; ne montre <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; aucun sentiment ni &agrave; plus forte raison la moindre sympathie &quot;<\/span>&nbsp; envers Isra&euml;l et les juifs. Baker se comporte avec plus de subtilit&eacute;. Il recourt &agrave; la fois aux menaces et aux bonnes paroles. Il sait se montrer tour &agrave; tour froid et imp&eacute;n&eacute;trable, puis chaleureux et compr&eacute;hensif. Il attise les dissensions politiques internes d&rsquo;Isra&euml;l, en soutenant ouvertement&nbsp; la gauche travailliste et son chef, Shimon Peres, contre la droite, dirig&eacute;e par Yitzhak&nbsp; Shamir. Il mobilise la presse contre le gouvernement isra&eacute;lien, &agrave; travers des <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; fuites &quot;<\/span> r&eacute;p&eacute;t&eacute;es.<\/p>\n<p>Mais une autre affaire surgit soudain : en ao&ucirc;t 1990, l&rsquo;Irak de Saddam Hussein envahit et annexe le Koweit.&nbsp; Les Am&eacute;ricains savaient depuis plusieurs mois qu&rsquo;une telle op&eacute;ration &eacute;tait en pr&eacute;paration, mais n&apos;ont pas r&eacute;agi avec la vigueur qu&rsquo;on aurait pu attendre. Pour Baker, le cas est en effet corn&eacute;lien. Le Koweit, comme les autres monarchies du Golfe, se situe au c&oelig;ur du partenariat p&eacute;trolier am&eacute;ricano-arabe. Mais l&rsquo;Irak est lui aussi un producteur de p&eacute;trole de premier plan et semble constituer en outre dans les ann&eacute;es 1980, face &agrave; l&rsquo;Iran khomeiniste, le rempart de ces m&ecirc;mes monarchies. Qui plus est, Baker a&nbsp; <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot;conseill&eacute; &quot;,<\/span>&nbsp; &agrave; titre personnel, les deux pays. En d&eacute;finitive, le secr&eacute;taire d&rsquo;Etat a adopt&eacute; la pire des attitudes : sur ses instructions, l&rsquo;ambassadrice am&eacute;ricaine April Glaspie a laiss&eacute; entendre &agrave; Saddam Hussein, en juillet 1990, que <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; les Etats-Unis n&rsquo;avaient pas d&rsquo;opinion sur le conflit frontalier opposant l&rsquo;Irak au Koweit &quot;. <\/span>Ce que le dictateur irakien a interpr&eacute;t&eacute; comme une ratification implicite du projet d&apos;invasion. <\/p>\n<p>Pendant quelques semaines, Baker tente de dissuader George H. W. Bush&nbsp; de lib&eacute;rer le Koweit par la force : le pr&eacute;sident am&eacute;ricain ne prend finalement une d&eacute;cision allant dans ce sens que sur les recommandations du premier ministre britannique, Margaret Thatcher.&nbsp; Baker op&egrave;re alors un <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; mouvement tournant &quot;<\/span> strat&eacute;gique&nbsp; et diplomatique : il obtient le ralliement l&rsquo;autre dictature baasiste,&nbsp; la Syrie, &agrave; l&rsquo;op&eacute;ration anti-irakienne, en lui permettant d&rsquo;occuper la totalit&eacute; du Liban, y compris les derniers bastions chr&eacute;tiens. En d&rsquo;autres termes,&nbsp; les Etats-Unis autorisent un pays arabe &agrave; en subjuguer un autre afin d&rsquo;interdire &agrave; un troisi&egrave;me d&rsquo;en absorber un quatri&egrave;me. Il se peut, &eacute;videmment,&nbsp; que Baker ait voulu cr&eacute;er, &agrave; travers le protectorat syrien sur le Liban, un pr&eacute;c&eacute;dent applicable au Koweit, pour peu que Saddam Hussein renonce &agrave; une annexion formelle. Jusqu&rsquo;au 9 janvier 1991, le secr&eacute;taire d&rsquo;Etat am&eacute;ricain n&eacute;gocie avec le ministre irakien des Affaires &eacute;trang&egrave;res, Tariq Aziz, dans l&rsquo;espoir de trouver un compromis. <\/p>\n<p>Voyant que la guerre est in&eacute;vitable, il donne aux pays p&eacute;troliers arabes trois assurances : Isra&euml;l ne fera pas partie de la coalition internationale qui, sous commandement&nbsp; am&eacute;ricain, lib&egrave;rera le Koweit ;&nbsp; quel que soit le sort de Saddam, les sunnites resteront au pouvoir en Irak ;&nbsp; et une fois le Koweit lib&eacute;r&eacute;, la question isra&eacute;lienne sera r&eacute;gl&eacute;e. Il tient parole. Non seulement Isra&euml;l est exclu de la coalition, mais on lui interdit de riposter par lui-m&ecirc;me quand l&rsquo;Irak le bombarde avec des missiles balistiques Scud : tout au plus lui pr&ecirc;te-t-on des batteries de missiles antimissiles am&eacute;ricains Patriot, servies par des personnels am&eacute;ricians. Les Occidentaux ne portent pas secours, fin f&eacute;vrier, aux chiites irakiens que se sont r&eacute;volt&eacute;s apr&egrave;s la d&eacute;route militaire du r&eacute;gime baasiste. Et une conf&eacute;rence internationale sur le conflit isra&eacute;lo-arabe est convoqu&eacute;e &agrave; Madrid le 30 octobre 1991. <\/p>\n<p>Dans une telle r&eacute;union,&nbsp; plus ou moins calqu&eacute;e sur les <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; congr&egrave;s &quot; <\/span>europ&eacute;ens du XIXe si&egrave;cle, les grandes puissances peuvent&nbsp; facilement cr&eacute;er une sorte d&rsquo;unanimit&eacute; contre un petit pays. C&rsquo;est&nbsp; ce qui s&rsquo;&eacute;tait pass&eacute; &agrave; Munich, en 1938, quand les <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; Quatre Grands &quot;<\/span> (Allemagne nazie et Italie fasciste, Grande-Bretagne et&nbsp; France) avaient dispos&eacute; de la Tch&eacute;coslovaquie. Carter avait d&eacute;j&agrave; esquiss&eacute; une telle man&oelig;uvre contre Isra&euml;l &agrave; l&rsquo;&eacute;t&eacute; 1977, avant d&rsquo;&ecirc;tre pris de court par un subit rapprochement isra&eacute;lo-&eacute;gyptien, qui avait culmin&eacute; en novembre 1977 avec la visite du pr&eacute;sident &eacute;gyptien Anouar el-Sadate &agrave; J&eacute;rusalem : Sadate, qui venait de se d&eacute;gager de l&rsquo;emprise sovi&eacute;tique,&nbsp; voyait trop bien que la contrepartie d&rsquo;une conf&eacute;rence internationale aurait &eacute;t&eacute; de faire revenir l&rsquo;URSS au centre du jeu, et ne le souhaitait absolument pas. <\/p>\n<p>Le gouvernement&nbsp; isra&eacute;lien et les milieux pro-isra&eacute;liens am&eacute;ricains se mobilisent contre la conf&eacute;rence de Madrid. George H. W. Bush h&eacute;site. Une partie de son cabinet est favorable &agrave; Isra&euml;l : notamment le secr&eacute;taire &agrave; la D&eacute;fense, Dick Cheney.&nbsp; Et 1992 sera l&rsquo;ann&eacute;e d&rsquo;une &eacute;ventuelle r&eacute;&eacute;lection : est-il sage de s&rsquo;opposer tout de suite au <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; lobby juif &quot;<\/span> ? Ne faut-il pas mieux attendre le second mandat ? Baker lui lance alors une phrase c&eacute;l&egrave;bre : <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; Nique les juifs ! De toutes mani&egrave;res, ils ne votent pas pour nous ! &quot;&nbsp;<\/span> En anglais : <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; Fuck&nbsp; the Jews. They don&rsquo;t vote for us anyway &quot;<\/span>. L&rsquo;argument m&ecirc;me dont se servaient d&rsquo;autres gentlemen distingu&eacute;s pour refuser d&rsquo;entrer en guerre contre Hitler avant d&eacute;cembre 1941, ou de bombarder, &agrave; l&rsquo;&eacute;t&eacute; 1944, les voies ferr&eacute;es conduisant &agrave; Auschwitz. Bush p&egrave;re y est sensible.<\/p>\n<p>Pour faire plier <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; les juifs &quot;<\/span> (ni Bush, ni Baker n&rsquo;ont jamais &eacute;t&eacute; tr&egrave;s loin dans les distinctions entre <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; juifs &quot;<\/span>, <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; Isra&eacute;liens &quot;<\/span> ou <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; pro-isra&eacute;liens &quot;<\/span>), deux axes : <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; lier &quot;<\/span> une aide &eacute;conomique sp&eacute;ciale au profit des immigrants juifs d&apos;origine sovi&eacute;tique qui affluent en Isra&euml;l &ndash; ils seront au total pr&egrave;s d&rsquo;un million &ndash; &agrave; l&rsquo;acceptation de la conf&eacute;rence internationale ;&nbsp; et lancer une campagne contre l&rsquo;ultime garant de la survie nationale isra&eacute;lienne, le <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; potentiel &quot; <\/span>nucl&eacute;aire mis sur pied par l&rsquo;Etat h&eacute;breu depuis les ann&eacute;es 1960. <\/p>\n<p>Sur ce second plan, l&rsquo;entourage de Baker utilise Seymour Hersh, un journaliste gauchiste d&rsquo;origine juive, prix Pullitzer 1970 pour ses reportages hostiles &agrave; l&rsquo;arm&eacute;e am&eacute;ricaine. Hersh a perdu tout cr&eacute;dit pour avoir publi&eacute; en 1986 un livre (<span style=&quot;font-style: italic;&quot;>The Target Is Destroyed,<\/span> Random House) sugg&eacute;rant que les Sovi&eacute;tiques n&rsquo;&eacute;taient pas responsables de la destruction en plein vol, trois ans plus t&ocirc;t, du Boeing civil sud-cor&eacute;en&nbsp; KAL 007 transportant deux cents soixante-neuf personnes : une th&egrave;se presque aussit&ocirc;t d&eacute;molie par les Russes eux-m&ecirc;mes dans le cadre de la <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; perestro&iuml;ka &quot;<\/span> (Ce livre n&rsquo;est pas mentionn&eacute;, aujourd&rsquo;hui, dans les biographies officieuses du journaliste, notamment celle qui a &eacute;t&eacute; mise en ligne sur Wikipedia). Soucieux de r&eacute;tablir sa r&eacute;putation, Hersh accepte de r&eacute;diger un r&eacute;quisitoire sur le nucl&eacute;aire isra&eacute;lien, &agrave; partir de dossiers confidentiels qui ont visiblement &eacute;t&eacute; fournis avec l&rsquo;assentiment ou sur l&rsquo;injonction de l&rsquo;administration (<span style=&quot;font-style: italic;&quot;>The Sampson Option<\/span>, Random House, 1991). Robert Gates, un ami de Baker, est alors &agrave; la t&ecirc;te de la CIA.<\/p>\n<p>La campagne anti-isra&eacute;lienne de Bush p&egrave;re et de Baker atteint son sommet le 12 septembre 1991. Ce jour-l&agrave;, l&rsquo;American Israel Public Affairs Committee (Aipac) &ndash; le lobby pro-isra&eacute;lien aupr&egrave;s du Congr&egrave;s &ndash; organise une r&eacute;union de dirigeants civiques&nbsp; &agrave; Washington pour exiger le <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; d&eacute;couplage &quot;<\/span> des questions humanitaires et politiques li&eacute;es &agrave; Isra&euml;l : c&rsquo;est &agrave; dire emp&ecirc;cher un chantage sur l&rsquo;aide destin&eacute;e aux juifs de l&apos;ex-URSS. Bush convoque une conf&eacute;rence de presse et veille &agrave; ce que la t&eacute;l&eacute;vision la retransmette en direct. Il se livre alors &agrave; la d&eacute;claration la plus antis&eacute;mitique entendue en Occident &ndash; au niveau des chefs d&rsquo;Etat -depuis la petite phrase de Charles de Gaulle, en 1967, sur <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; un peuple d&rsquo;&eacute;lite, s&ucirc;r de lui-m&ecirc;me et dominateur &quot;<\/span>. <span style=&quot;font-style: italic;&quot;><\/p>\n<p>&quot; Nous sommes confront&eacute;s &quot;,<\/span> dit le pr&eacute;sident am&eacute;ricain, <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; &agrave; des forces politiques puissantes et efficaces, qui ont libre acc&egrave;s au Capitole. Nous n&rsquo;avons, de notre c&ocirc;t&eacute;,&nbsp; qu&rsquo;un petit gars solitaire qui fait son boulot <\/span>(NDLR : le pr&eacute;sident)&hellip; <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>Mais je me battrai pour mes convictions. Peut-&ecirc;tre cela me rendra-t-il populaire,&nbsp; ou peut-&ecirc;tre pas&hellip; Mais la question n&rsquo;est pas de savoir si c&rsquo;est bon pour l&rsquo;ann&eacute;e &eacute;lectorale 1992&hellip; Je crois que le peuple am&eacute;ricain est avec moi&hellip; &quot;&nbsp;<\/span> La th&eacute;matique est limpide : pouvoir occulte des juifs, r&eacute;volte du peuple contre une &eacute;lite acquise aux juifs.<\/p>\n<p>Bush p&egrave;re va plus loin : <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; Il y a quelques mois &agrave; peine, des hommes et des femmes am&eacute;ricains en uniforme ont risqu&eacute; leur vie pour d&eacute;fendre Isra&euml;l face aux missiles irakiens Scud <\/span>(On comprend soudain pourquoi Washington a interdit &agrave;&nbsp; J&eacute;rusalem de riposter) &hellip; <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>et assur&eacute; la d&eacute;faite de l&rsquo;ennemi le plus dangereux d&rsquo;Isra&euml;l&hellip; &quot;<\/span> En outre, <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; pendant l&rsquo;ann&eacute;e fiscale en cours &quot;<\/span> et <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; en d&eacute;pit des difficult&eacute;s &eacute;conomiques &quot;&nbsp;<\/span> qu&rsquo;ils traversent, les Etats-Unis ont fourni &agrave; l&rsquo;Etat juif une aide d&rsquo;une valeur totale de 4 milliards de dollars, soit <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; pr&egrave;s de mille dollars par Isra&eacute;lien, homme, femme et enfant &quot;. <\/span>Derri&egrave;re ces arguments, c&apos;est un troisi&egrave;me th&egrave;me de l&apos;antis&eacute;mitisme radical d&apos;avant 1945 qui est mis &agrave; contribution : les Isra&eacute;liens &#8211; et donc par implication les juifs en g&eacute;n&eacute;ral &#8211; sont des vampires nourris du sang et de l&rsquo;argent des Gentils, en l&apos;occurence&nbsp; les Am&eacute;ricains&hellip;<\/p>\n<p>Comme toujours, Baker se trompe. Ces propos r&eacute;vulsent la plupart des Am&eacute;ricains. La conf&eacute;rence de Madrid a bien lieu, mais ne d&eacute;bouche sur rien. Un an plus tard,&nbsp; Bush p&egrave;re est battu par le d&eacute;mocrate Bill Clinton, qui affiche sa sympathie pour Isra&euml;l. Un troisi&egrave;me candidat, le milliardaire Ross Perot, a <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; gel&eacute; &quot;<\/span> une partie des voix r&eacute;publicaines en se pr&eacute;sentant comme un reaganien plus authentique que le pr&eacute;sident sortant.<\/p>\n<p>Pendant les huit ann&eacute;es suivantes &ndash; 1993-2001 -,&nbsp; Baker se consacre avant tout &agrave; ses affaires : le cabinet Baker Botts et aussi le groupe Carlyle, cr&eacute;&eacute; en 1987, dont il est l&rsquo;un des partenaires. Mais il r&ecirc;ve de jouer &agrave; nouveau un r&ocirc;le politique. En 1997, il accepte une mission de m&eacute;diateur des Nations Unies au Sahara Occidental, pays annex&eacute; par le Maroc en 1975 en d&eacute;pit du droit international. Il y renonce en 2004,&nbsp; en accusant les parties en conflit (tant le gouvernement marocain que les rebelles sahraouis) d&rsquo; <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; inertie &quot;<\/span> dans la recherche de la paix. En clair, un &eacute;chec de plus.<\/p>\n<p>En 2000, la candidature &agrave; la pr&eacute;sidence des Etats-Unis de George W. Bush, le fils de George H. W. Bush, l&rsquo;enthousiasme. C&rsquo;est peut-&ecirc;tre l&rsquo;occasion d&rsquo;une revanche personnelle sur les d&eacute;mocrates.&nbsp; Et le <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; lobby juif &quot;<\/span>&hellip; De fait, il joue un r&ocirc;le non n&eacute;gligeable, en tant que conseiller juridique,&nbsp; dans l&rsquo;imbroglio cr&eacute;&eacute; par le match nul &eacute;lectoral entre Bush fils et le candidat d&eacute;mocrate Al Gore. Ses recommandations&nbsp; aident en particulier les r&eacute;publicains &agrave; bloquer un recompte des voix en Floride. Ce qui am&egrave;ne la Cour supr&ecirc;me des Etats-Unis &agrave; d&eacute;clarer Bush vainqueur.<\/p>\n<p>Une fois install&eacute; &agrave; la Maison Blanche, le nouveau pr&eacute;sident traite Baker avec d&eacute;f&eacute;rence.&nbsp; Il le voit, il le consulte. Mais il ne suit pas pour autant ses avis. Chr&eacute;tien revenu sinc&egrave;rement &agrave; la foi (<span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; born again Christian &quot;<\/span>), George W. Bush lit la Bible dans la traduction dite du Roi Jacques (<span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; King James &quot;<\/span>) et voit dans le peuple juif celui de la Promesse. Un voyage priv&eacute; en Isra&euml;l, sur l&rsquo;invitation d&rsquo;Ariel Sharon, lui a fait une grande impression. En termes id&eacute;ologiques, il se sent plus proche des n&eacute;oconservateurs,&nbsp; dans la ligne Reagan-Shultz, que des pal&eacute;oconservateurs qui entouraient son p&egrave;re. Au sein de son cabinet, il s&rsquo;appuie sur les n&eacute;oconservateurs&nbsp; Dick Cheney, devenu vice-pr&eacute;sident,&nbsp; et Donald Rumsfeld, secr&eacute;taire &agrave; la D&eacute;fense. Ainsi que sur une amie personnelle au parcours plus complexe, Condoleezza Rice : form&eacute;e par Scowcroft, initi&eacute;e au business du p&eacute;trole par la famille Bush, cette derni&egrave;re s&rsquo;est n&eacute;anmoins raccroch&eacute;e au courant n&eacute;oconservateur.<\/p>\n<p>Baker tente d&rsquo;infl&eacute;chir ces orientations <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; consternantes &quot;<\/span> . Apr&egrave;s les attentats du 11 septembre 2001, il parvient &agrave; imposer au pr&eacute;sident l&rsquo;id&eacute;e d&rsquo;un <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; d&eacute;couplage &quot;<\/span> entre l&rsquo;antiterrorisme am&eacute;ricain et celui d&rsquo;Isra&euml;l. Fort de ce premier succ&egrave;s, il propose de structurer la strat&eacute;gie am&eacute;ricaine en Afghanistan et en Irak sur le mod&egrave;le de la premi&egrave;re guerre contre Saddam Hussein, en 1991 :&nbsp; en m&eacute;nageant les susceptibilit&eacute;s arabes et islamiques, en maintenant une position <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; &eacute;quilibr&eacute;e &quot;<\/span> entre Isra&euml;l et les Palestiniens, en promettant&nbsp; de r&eacute;unir &agrave; nouveau la conf&eacute;rence de Madrid. A J&eacute;rusalem, Sharon d&eacute;nonce imm&eacute;diatement la <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; tentation munichoise<\/span> &quot; et pr&eacute;vient qu&rsquo;Isra&euml;l ne se laissera pas faire. A Washington, les n&eacute;oconservateurs&nbsp; font remarquer qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas lieu de m&eacute;nager des pays tels que l&rsquo;Arabie Saoudite, dont la plupart des terroristes du 11 septembre &eacute;taient originaires. George W. Bush &eacute;conduit Baker poliment mais fermement.<\/p>\n<p>L&rsquo;ancien secr&eacute;taire d&rsquo;Etat ne d&eacute;sarme pas pour autant. A travers ses amis, ses r&eacute;seaux, les institutions o&ugrave; il est influent, il combat sans rel&acirc;che les n&eacute;oconservateurs.&nbsp; La v&eacute;ritable histoire de cette <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; gu&eacute;rilla &quot;&nbsp;<\/span> reste &agrave; &eacute;crire. Elle explique dans une large mesure les blocages et les &eacute;checs de l&rsquo;administration George W. Bush. Elle est &agrave; l&rsquo;arri&egrave;re-plan des campagnes &agrave; caract&egrave;re m&eacute;diatique&nbsp; ou judiciaire &ndash; quelquefois fond&eacute;es, le plus souvent infond&eacute;es &#8211; lanc&eacute;es contre des membres &eacute;minents de l&rsquo;administration (l&rsquo;affaire Plame), des personnalit&eacute;s du Congr&egrave;s (l&rsquo;affaire DeLay), des organisations politiques (l&rsquo;affaire Aipac)&hellip; <\/p>\n<p>Dernier acte : la commission sur l&rsquo;Irak, en 2006. C&rsquo;est un monument de perfidie vis &agrave; vis de la Maison Blanche et du Congr&egrave;s. <\/p>\n<p>&gt; Perfidie dans le but : charg&eacute; d&rsquo;&eacute;valuer&nbsp; la politique de l&rsquo;administration Bush en Irak, Baker s&rsquo;emploie &agrave; la ruiner.<\/p>\n<p>&gt; Perfidie dans la m&eacute;thode : en fait de commission bipartisane, Baker met sur pied un groupe de quarante experts o&ugrave; les d&eacute;fenseurs de la politique pr&eacute;sidentielle en Irak ne sont qu&rsquo;une infime poign&eacute;e, les adversaires nombreux, les personnalit&eacute;s ind&eacute;cises majoritaires &#8211;&nbsp; ce qui ne tient compte ni du rapport de forces au sein du parti r&eacute;publicain (trois n&eacute;oconservateurs de la tendance Cheney-Rumsfeld,&nbsp; en tout et pour tout, seront sollicit&eacute;s), ni m&ecirc;me des tendances profondes du parti d&eacute;mocrate. Un des n&eacute;oconservateurs pressentis, Michael Rubin, d&eacute;missionne en signe de protestation. <\/p>\n<p>&gt; Perfidie dans le champ d&rsquo;investigation. Constitu&eacute;e pour enqu&ecirc;ter sur l&rsquo;Irak, la commission s&rsquo;arroge l&rsquo;ensemble du Moyen-Orient et se prononce sur l&rsquo;Iran, sur la Syrie et le Liban, et enfin sur le dossier isra&eacute;lo-arabe, pr&eacute;sent&eacute; &ndash; on s&rsquo;en serait dout&eacute; &#8211; comme la source premi&egrave;re de la crise. La plupart des membres acceptent passivement cette violation du mandat originel : ils sont subjugu&eacute;s par les <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; grands noms &quot;<\/span> de la commission, Baker et ses cronies. Un expert &ndash; qui a voulu rester anonyme &ndash; a d&eacute;clar&eacute; le 26 novembre&nbsp; 2006 &agrave; Robin Wright,&nbsp; un journaliste du <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>Washington Post<\/span> , que la plupart des participants &eacute;taient tout particuli&egrave;rement&nbsp; <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; fascin&eacute;s &quot;<\/span> par Baker,&nbsp; ne voulaient s&rsquo;exprimer qu&rsquo;en sa pr&eacute;sence et recherchaient&nbsp; son approbation tacite : <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; Nous essayions de lire ses r&eacute;actions sur son visage &quot;.<\/span>&nbsp; Il suffisait parfois &agrave; l&rsquo;ancien secr&eacute;taire d&rsquo;Etat&nbsp; <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; d&rsquo;un haussement de sourcil pour manifester ses sentiments &quot;.<\/span><br style=&quot;font-style: italic;&quot; \/><br \/>&gt; Perfidie dans l&rsquo;&eacute;laboration des conclusions : Baker laisse la commission <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; s&rsquo;&eacute;puiser &quot;<\/span> sur des sujets secondaires, ainsi que le note Ray Close, un expert de la CIA peu favorable par ailleurs aux n&eacute;oconservateurs. L&rsquo;ancien secr&eacute;taire d&rsquo;Etat et ses assistants se r&eacute;servent la r&eacute;daction du rapport final : ce qui leur permet d&rsquo;&eacute;carter les avis ou opinions contraires aux conclusions d&eacute;cid&eacute;es a priori. Le g&eacute;n&eacute;ral de r&eacute;serve Jack Keane, ancien chef d&rsquo;&eacute;tat-major de l&rsquo;Arm&eacute;e, qui faisait partie du pannel militaire de la commission, a ainsi relev&eacute; que la commission pr&eacute;conise un retrait acc&eacute;l&eacute;r&eacute; des forces am&eacute;ricaines d&rsquo;Irak d&egrave;s le premier trimestre 2008, alors que le pannel avait express&eacute;ment affirm&eacute; qu&rsquo;un tel objectif &eacute;tait techniquement&nbsp; hors de port&eacute;e, sauf &agrave;&nbsp; se r&eacute;signer &agrave; un abandon pur et simple. <\/p>\n<p>Si du moins ces manipulations conduisaient &ndash; <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>augusta per angusta<\/span> &#8211; &agrave; une politique novatrice, cr&eacute;dible, &agrave; un vrai r&eacute;alisme, &agrave; une gestion cynique mais bien comprise des int&eacute;r&ecirc;ts nationaux am&eacute;ricains&hellip; M&ecirc;me pas.&nbsp;<span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; Car nous avons &eacute;t&eacute; vendus, moi et mon peuple, pour &ecirc;tre d&eacute;truits, extermin&eacute;s, an&eacute;antis. Si du moins nous avions &eacute;t&eacute; vendus pour &ecirc;tre esclaves et servantes, j&rsquo;aurais gard&eacute; le silence ; mais le pers&eacute;cuteur n&rsquo;a pas le souci du dommage caus&eacute; au roi &quot; <\/span>(<span style=&quot;font-style: italic;&quot;>Livre d&rsquo;Esther<\/span>, VII, 4). A la strat&eacute;gie George W. Bush, elles n&rsquo;opposent que la strat&eacute;gie George H. W. Bush. Comme si rien ne s&rsquo;&eacute;tait pass&eacute;, en Orient et ailleurs, depuis la d&eacute;faite &eacute;lectorale de ce dernier en 1992. Et comme si les divers engagements pris par les Etats-Unis pendant quatorze ans &ndash; r&eacute;sister au terrorisme et &agrave; l&rsquo;islamo-fascisme, aider l&rsquo;Irak &agrave; b&acirc;tir un r&eacute;gime d&eacute;mocratique,&nbsp; restaurer l&rsquo;ind&eacute;pendance du Liban,&nbsp; conduire Isra&euml;l et les Palestiniens &agrave; la paix &agrave; travers la <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; feuille de route &quot;<\/span> &#8211; &eacute;taient nuls et non avenus. A propos de la Syrie, Baker fait &eacute;crire par les rapporteurs de la commission : <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; Les relations am&eacute;ricano-syriennes soient actuellement au plus bas. Mais les deux pays pourraient d&eacute;fendre leurs int&eacute;r&ecirc;ts respectifs en trouvant des terrains d&rsquo;entente. Cette approche a fonctionn&eacute; au d&eacute;but de 1990 &quot;<\/span> &hellip; C&apos;est-&agrave;-dire quand les Etats-Unis ont <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; donn&eacute; &quot; <\/span>le Liban &agrave; Damas. Et &agrave; propos de l&rsquo;Iran &ndash; celui d&rsquo;Ahmadinejad,&nbsp; en qui les Europ&eacute;ens les plus <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; mod&eacute;r&eacute;s &quot;<\/span>,&nbsp; y compris Jacques Chirac, voient d&eacute;sormais un danger absolu, et dont les Saoudiens eux-m&ecirc;mes s&rsquo;inqui&egrave;tent &#8211; :&nbsp; <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; Des efforts diplomatiques devraient &ecirc;tre entrepris pour persuader l&rsquo;Iran de prendre des mesures sp&eacute;cifiques en vue d&rsquo;am&eacute;liorer la situation en Irak &quot;.<\/span> On a bien lu : pour sauver l&rsquo;Irak, il faudra <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>persuader<\/span> l&rsquo;Iran de bien vouloir s&rsquo;en emparer. De m&ecirc;me que pour sauver le Koweit, en juillet 1990, l&rsquo;ambassadrice Glaspie sugg&eacute;rait &agrave; Saddam d&rsquo;en croquer une aile ou une cuisse. <\/p>\n<p>Sur Isra&euml;l, le d&eacute;ni du r&eacute;el et les obsessions s&rsquo;aggravent,&nbsp; les r&eacute;it&eacute;rations et les rab&acirc;chages&nbsp; s&rsquo;acc&eacute;l&egrave;rent : visiblement,&nbsp; Baker se dit que ce rapport est sa derni&egrave;re chance,&nbsp; &agrave; soixante-seize ans, d&rsquo;abattre ou de faire plier l&rsquo;Etat d&eacute;test&eacute;. Il propose de <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; n&eacute;gocier la paix &quot;<\/span> isra&eacute;lo-arabe <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; comme cela avait &eacute;t&eacute; fait lors de la conf&eacute;rence de Madrid &quot;<\/span> en 1991: faisant l&rsquo;impasse sur pourparlers et sommets bilat&eacute;raux&nbsp; ou multilat&eacute;raux qui se sont d&eacute;roul&eacute;s depuis, Oslo 1993, Camp David 2000, Charm-el-Cheikh 1999 et 2005. Il souligne que ces n&eacute;gociations doivent &ecirc;tre fond&eacute;s sur le principe <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; paix contre territoire &quot;<\/span> : comme si Isra&euml;l n&rsquo;avait pas donn&eacute; presque tous les <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; territoires &quot; <\/span>depuis 1993, y compris Gaza, sans obtenir pour autant la paix. Il note que ce processus doit <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; renforcer les gouvernements arabes mod&eacute;r&eacute;s de la r&eacute;gion, notamment les gouvernements d&eacute;mocratiquement &eacute;lus du Liban et de l&rsquo;Autorit&eacute; palestinienne &quot;<\/span> : ignorant superbement les hypoth&egrave;ques que le Hezbollah et le Hamas font peser sur la <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; mod&eacute;ration &quot;<\/span> et la <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; d&eacute;mocratie &quot;<\/span> &agrave; Beyrouth et &agrave; Ramallah. Il rappelle enfin, en guise de conclusion, que l&rsquo;accord de paix final isra&eacute;lo-arabe doit tenir compte du <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; droit au retour &quot;<\/span> en Isra&euml;l des r&eacute;fugi&eacute;s palestiniens de 1948, ou de ceux qui disposent h&eacute;r&eacute;ditairement de cette qualit&eacute; (condition &eacute;quivalant, pour les Isra&eacute;liens, &agrave; un suicide national.<\/p>\n<p>Un instant, on a pu croire que Baker gagnait son ultime pari. Publi&eacute; quelques jours apr&egrave;s les &eacute;lections de novembre 2006 &ndash; qui, effectivement, se sont sold&eacute;es par une d&eacute;faite r&eacute;publicaine aux deux Chambres du Congr&egrave;s &ndash; , son rapport a &eacute;t&eacute; pr&eacute;sent&eacute; comme la nouvelle <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; doctrine &quot; <\/span>am&eacute;ricaine sur l&rsquo;Irak et le Moyen-Orient. Ce qui a renforc&eacute; cette impression, c&rsquo;est que Robert Gates, vieil ami de Baker et membre de la commission, rempla&ccedil;ait au pied lev&eacute; Rumsfeld &agrave; la t&ecirc;te du Pentagone. Mais la secr&eacute;taire d&rsquo;Etat Condoleezza Rice a remis les choses au point : <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; Les Etats-Unis sont efficaces quand ils s&rsquo;appuient &agrave; la fois sur leur puissance et leurs principes&hellip; Ils ne renonceront pas &agrave; leur mission au nom d&rsquo;une &lsquo;stabilit&eacute;&rsquo;(au Moyen-Orient) qui ne pourrait &ecirc;tre qu&rsquo;une stabilit&eacute; trompeuse &quot;.<\/span> Rice est trop proche &ndash; intellectuellement&nbsp; et humainement &ndash; du pr&eacute;sident pour ne pas &ecirc;tre ici son porte-parole. En clair : George W. Bush rejette la d&eacute;marche <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; munichoise &quot;. <\/span>Par conviction. Et parce que cela reste, pour l&rsquo;instant, le choix de la majorit&eacute; des Am&eacute;ricains, aussi bien d&eacute;mocrates que r&eacute;publicains.<\/p>\n<p>Dans son rapport, Baker &eacute;num&egrave;re plusieurs arguments pour relancer le processus de paix isra&eacute;lo-arabe. Le plus r&eacute;v&eacute;lateur est celui-ci : <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; Les Isra&eacute;liens, dans leur grande majorit&eacute;, sont fatigu&eacute;s d&rsquo;&ecirc;tre une nation sans cesse en guerre &quot;.<\/span> Et seraient donc pr&ecirc;ts, d&eacute;sormais,&nbsp; &agrave; tous les compromis. <\/p>\n<p>C&rsquo;est bien s&ucirc;r un contresens absolu. Les Isra&eacute;liens n&rsquo;aiment pas la guerre. Ils ne l&rsquo;ont jamais aim&eacute;e. Mais ils pr&eacute;f&egrave;rent la guerre au suicide. Ou &agrave; une nouvelle Shoah.<\/p>\n<p>Mais pourquoi Baker commet-il un tel contresens ?&nbsp; Mon sentiment est qu&rsquo;il se perd &agrave; nouveau dans des jeux de miroirs. De m&ecirc;me qu&rsquo;il a toujours projet&eacute; fantasmatiquement&nbsp; son propre lobby p&eacute;trolier sur le <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; lobby juif &quot;<\/span> , il plaque aujourd&rsquo;hui sur Isra&euml;l le refus de combattre qui en est fait le sien, et celui, h&eacute;las, d&rsquo;une moiti&eacute; de l&rsquo;Occident.&nbsp; <\/p>\n<p><span style=&quot;font-weight: bold;&quot;>&copy; Michel Gurfinkiel, 2006<\/span><\/span><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis trente ans, James Baker est l&apos;&acirc;me du lobby anti-isra&eacute;lien &agrave; Washington. Int&eacute;r&ecirc;ts financiers, obsessions et manigances.<\/p>\n<p> <a href=\"http:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/etats-unis-rapport-sur-baker\/\">&nbsp;&raquo;&nbsp;Read more about: Etats-Unis\/ Rapport sur Baker &nbsp;&raquo;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[657],"tags":[172],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/474"}],"collection":[{"href":"http:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=474"}],"version-history":[{"count":2,"href":"http:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/474\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2285,"href":"http:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/474\/revisions\/2285"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=474"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=474"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=474"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}