{"id":487,"date":"2004-05-13T12:20:00","date_gmt":"2004-05-13T10:20:00","guid":{"rendered":"http:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/?p=487"},"modified":"2021-01-14T21:14:10","modified_gmt":"2021-01-14T20:14:10","slug":"livres-huntington-persiste-et-signe","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/livres-huntington-persiste-et-signe\/","title":{"rendered":"Livres\/ Huntington persiste et signe"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"vertical-align: inherit;\"><span style=\"vertical-align: inherit;\"><img width=&quot;200&quot; height=&quot;293&quot; align=&quot;left&quot; src=&quot;http:\/\/michelgurfinkiel.com\/uploads\/Image\/NEW YORK 11 SEPT 06.jpg&quot; alt=&quot;&quot; \/>D&egrave;s 1993, dans l&rsquo;euphorie qui avait suivi la fin de la guerre froide, il avait proph&eacute;tis&eacute; &quot; le choc des civilisations &quot;. Onze ans plus tard, Samuel Huntington persiste et signe : en plaidant pour la restauration de l&rsquo;Etat-nation.<!--more-->Bons ou mauvais,&nbsp; convaincants ou non, lus avec attention ou ramen&eacute;s &agrave; un r&eacute;sum&eacute; plus ou moins fid&egrave;le, certains textes marquent &agrave; jamais leur &eacute;poque : notamment parce qu&rsquo;ils semblent pr&eacute;dire la suite des &eacute;v&eacute;nements.&nbsp; Ainsi du pamphlet de Si&eacute;y&egrave;s, <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>Qu&rsquo;est-ce le Tiers-Etat ?<\/span> ,&nbsp; avant-coureur de la r&eacute;volution de 1789, ou de l&rsquo;essai de H&eacute;l&egrave;ne Carr&egrave;re d&rsquo;Encausse, <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>L&rsquo;Empire &eacute;clat&eacute;<\/span>, qui annon&ccedil;ait d&egrave;s 1978 la d&eacute;sint&eacute;gration de l&rsquo;URSS. Les &eacute;crits de Samuel Huntington sur <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>Le Choc des civilisations<\/span> &ndash; un article publi&eacute; par la revue <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>Foreign Affairs<\/span> en 1993, puis un livre du m&ecirc;me nom,&nbsp; en 1995 &ndash; entrent dans la m&ecirc;me cat&eacute;gorie. <\/p>\n<p>Quand ils paraissent, la guerre froide vient de s&rsquo;achever : mais de nouveaux conflits, d&rsquo;un format plus modeste, se multiplient, de l&rsquo;Irak au sous-continent indien, en passant par l&rsquo;ex-Yougoslavie et le Caucase. Huntington, professeur &agrave; Harvard, les prend au s&eacute;rieux. Et leur trouve un point commun : ils se situent sur une ligne de rencontre, ou plut&ocirc;t, de collision, entre des aires culturelles et religieuses diff&eacute;rentes. Selon lui, ce type de conflit est appel&eacute; &agrave; se g&eacute;n&eacute;raliser &#8211; et &agrave; s&rsquo;amplifier &#8211; dans le monde <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; multipolaire &quot; <\/span>qui remplace d&eacute;sormais le syst&egrave;me binaire Est-Ouest. <\/p>\n<p>La th&egrave;se fait scandale : elle va &agrave; l&rsquo;encontre de l&rsquo;optimisme de rigueur et surtout des id&eacute;ologies <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot;<\/span> <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>politiquement correctes &quot;<\/span> , fond&eacute;es sur le dogme d&rsquo;une soci&eacute;t&eacute; &agrave; la fois <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; globalis&eacute;e &quot;<\/span>,&nbsp; <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; m&eacute;tiss&eacute;e &quot;<\/span>, <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; s&eacute;cularis&eacute;e &quot;<\/span> et unisexe. Elle n&rsquo;en rencontre pas moins un large succ&egrave;s, au point que l&rsquo;expression <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; choc des civilisations &quot;<\/span> entre&nbsp; rapidement dans le langage courant. Elle le doit &agrave; son haut pouvoir heuristique : Huntington <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; d&eacute;chiffre &quot;<\/span> l&rsquo;actualit&eacute; plus clairement, et plus simplement, avec une plus grande &eacute;conomie de moyens, que d&rsquo;autres th&eacute;oriciens. Les m&eacute;ga-attentats du 11 septembre 2001 et ce qui s&rsquo;ensuit &ndash; la <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; croisade &quot; <\/span>am&eacute;ricaine contre le <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; djihad &quot;<\/span> arabo-musulman &ndash; semblent valider son analyse de mani&egrave;re d&eacute;finitive.<\/p>\n<p>Un autre se serait repos&eacute; sur ces lauriers, ou aurait accept&eacute; de passer pour le penseur officiel de l&rsquo;administration Bush. Huntington va plus loin. Dans un nouveau livre, <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>Who Are We ?<\/span> (<span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; Qui sommes nous ? &quot;<\/span>), il pr&eacute;cise sa pens&eacute;e. Certes, il faut tenir compte des diff&eacute;rences et des heurts entre civilisations diff&eacute;rentes, ou syst&egrave;mes religieux et culturels diff&eacute;rents. Mais ce qui est vraiment en question, selon lui, c&rsquo;est l&rsquo;Etat-nation :&nbsp; la fusion, sur un espace d&eacute;fini, du politique et d&rsquo;une identit&eacute; communautaire.&nbsp; Et le vrai danger pour les civilisations occidentales ou jud&eacute;o-chr&eacute;tiennes,&nbsp; ce n&rsquo;est ni la confrontation mystique ou philosophique avec d&rsquo;autres civilisations, ni m&ecirc;me l&rsquo;affrontement arm&eacute;, mais la dissociation interne : l&rsquo;illusion dite <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; multiculturelle &quot;<\/span>, selon laquelle un Etat efficace n&rsquo;a pas besoin d&rsquo;une <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; communaut&eacute; dominante<\/span> <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot;<\/span>.<\/p>\n<p>D&rsquo;embl&eacute;e, Huntington aborde le cas de son propre pays, les Etats-Unis. Il s&rsquo;inscrit en faux contre l&rsquo;id&eacute;e &agrave; la mode selon laquelle l&rsquo;Am&eacute;rique serait <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; une nation d&rsquo;immigr&eacute;s &quot;<\/span>, de d&eacute;racin&eacute;s d&rsquo;origines multiples. Au contraire, elle a &eacute;t&eacute; cr&eacute;&eacute;e par un groupe ethnique et religieux extr&ecirc;mement&nbsp; coh&eacute;rent et conscient de son identit&eacute; propre : les colons protestants venus de Grande-Bretagne aux XVIIe et XVIIIe si&egrave;cles. Ce groupe &eacute;difia, pendant deux cents ans, des ann&eacute;es 1630 aux ann&eacute;es 1830, une p&eacute;riode plus longue que l&rsquo;histoire subs&eacute;quente des Etats-Unis, <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; une soci&eacute;t&eacute; et une culture &agrave; laquelle tous les autres immigrants durent s&rsquo;int&eacute;grer &quot;.<\/span> En d&rsquo;autres termes : <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; Avant que les immigrants ne peuplent l&rsquo;Am&eacute;rique, il fallait que les premiers colons l&rsquo;eussent constitu&eacute;e&nbsp; en tant que telle &quot;. <\/span><\/p>\n<p>La primaut&eacute; de la culture anglo-saxonne et protestante des origines est rest&eacute;e en place jusqu&rsquo;au milieu du XXe si&egrave;cle. Elle n&rsquo;a pas emp&ecirc;ch&eacute; l&rsquo;accueil et l&rsquo;int&eacute;gration d&rsquo;autres groupes, en fonction exacte de leur ajustement au mod&egrave;le national : <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; Des millions d&rsquo;immigrants ont eu ainsi acc&egrave;s, ainsi que leurs descendants, &agrave; une situation de richesse, de puissance et de prestige au sein de la soci&eacute;t&eacute; am&eacute;ricaine &quot;<\/span>. Les juifs d&rsquo;origine hollandaise ou portugaise et les protestants d&rsquo;origine germanique ou scandinave ont &eacute;t&eacute; les premiers &agrave; accepter ce compromis (le <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; r&ecirc;ve am&eacute;ricain &quot;<\/span>) et &agrave; en tirer parti.&nbsp; Ce fut ensuite le cas des Fran&ccedil;ais, Canadiens et Irlandais catholiques, des juifs d&rsquo;Europe centrale et orientale, des Italiens, Polonais et Ukrainiens catholiques, des Grecs, Russes et Arm&eacute;niens orthodoxes, des Arabes chr&eacute;tiens du Liban ou de Syrie, des Japonais bouddhistes ou christianis&eacute;s, et aussi, bien s&ucirc;r, des &eacute;lites noires. <\/p>\n<p>Tout change &agrave; partir des ann&eacute;es 1960. De nouvelles lois sur l&rsquo;immigration mettent toutes les origines ethniques, g&eacute;ographiques et religieuses &agrave; &eacute;galit&eacute;. Et au sein m&ecirc;me de la soci&eacute;t&eacute; am&eacute;ricaine, le mod&egrave;le national est peu &agrave; peu abandonn&eacute; au profit d&rsquo;un multiculturalisme qui donne le m&ecirc;me statut &agrave; toutes les langues et &agrave; tous les particularismes. Pour Huntington, ce changement, impos&eacute; par les classes dirigeantes mais contest&eacute; par les classes moyennes et les milieux populaires, risque d&rsquo;avoir &agrave; terme des cons&eacute;quences catastrophiques. <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; L&rsquo;Etat-nation est imparfait. Mais sans nation, plus d&rsquo;Etat &quot;. <\/span><\/p>\n<p>Statistiques &agrave; l&rsquo;appui, le professeur de Harvard d&eacute;montre en effet que la soci&eacute;t&eacute; am&eacute;ricaine s&rsquo;est scind&eacute;e en deux groupes : les Am&eacute;ricains et les N&eacute;o-Am&eacute;ricains. Les premiers sont en majorit&eacute; des Blancs n&eacute;s aux Etats-Unis ou des Blancs non-hispaniques n&eacute;s &agrave; l&rsquo;&eacute;tranger : <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; Blanc &quot;<\/span> signifiant, dans le langage d&eacute;mographique am&eacute;ricain, <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; d&rsquo;origine europ&eacute;enne et jud&eacute;o-chr&eacute;tienne &quot;<\/span>. Les autres sont en majorit&eacute; des non-Blancs ou des Hispaniques, n&eacute;s aux Etats-Unis ou &agrave; l&rsquo;&eacute;tranger. <\/p>\n<p>Un sondage r&eacute;alis&eacute; pour World Values Survey en 1991 &ndash; au moment de la premi&egrave;re guerre d&rsquo;Irak &#8211; indiquait d&eacute;j&agrave; que 79 % des Blancs n&eacute;s aux Etats-Unis et 81 % des Blancs non-hispaniques n&eacute;s &agrave; l&rsquo;&eacute;tranger &eacute;taient <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; pr&ecirc;ts &agrave; se battre pour les Etats-Unis &quot;<\/span>. Ce pourcentage tombait &agrave; 75 % chez les immigrants non-Blancs, &agrave; 67 % chez les Noirs et &agrave; 52 % chez les Hispaniques. Un sondage r&eacute;alis&eacute; pour <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>ABC News\/Washington Post <\/span>en 2002 &ndash; apr&egrave;s la guerre d&rsquo;Afghanistan et avant la deuxi&egrave;me guerre d&rsquo;Irak &ndash; confirmait la tendance :&nbsp; 74 % des Blancs se d&eacute;claraient <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; extr&ecirc;mement&nbsp; fiers d&rsquo;&ecirc;tre Am&eacute;ricains &quot; <\/span&gt;; mais le pourcentage tombait &agrave; 53 % chez les non-Blancs.\n\nHuntington insiste sur le probl&egrave;me hispanique, et notamment sur celui des Mexicains. Jamais un groupe n&rsquo;avait &eacute;t&eacute; si important au sein de l&rsquo;immigration am&eacute;ricaine :&nbsp; 8 millions d&rsquo;&acirc;mes, contre 4,5 millions pour les quatre autres groupes les plus nombreux. Jamais un groupe n&rsquo;avait &eacute;t&eacute; concentr&eacute; &agrave; ce point dans une seule r&eacute;gion : en l&rsquo;occurrence, le Sud-Ouest des Etats-Unis. Jamais un groupe n&rsquo;avait manifest&eacute; plus de r&eacute;ticence &agrave; se fondre dans la soci&eacute;t&eacute; anglo-saxonne, m&ecirc;me au prix d&rsquo;une ascension &eacute;conomique plus lente. Jamais enfin un groupe n&rsquo;avait envisag&eacute; plus sereinement un d&eacute;membrement des Etats-Unis actuels : &agrave; travers le rattachement&nbsp; au Mexique, &agrave; terme, des <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; territoires perdus en 1848 &quot;<\/span>, du Texas &agrave; la Californie&hellip;<\/p>\n<p>Mais l&rsquo;essentiel de son analyse n&rsquo;est pas l&agrave;. L&rsquo;Am&eacute;rique ne doit pas lutter, selon lui, contre une immigration en particulier, ni contre l&rsquo;immigration en soi, mais tout simplement r&eacute;affirmer une identit&eacute; nationale. <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; Nous avons le choix entre trois possibilit&eacute;s : une Am&eacute;rique devenue le monde ; un monde devenu am&eacute;ricain ; ou une Am&eacute;rique qui reste l&rsquo;Am&eacute;rique &quot;<\/span>. C&rsquo;est la troisi&egrave;me qui lui para&icirc;t la plus s&ucirc;re, pour l&rsquo;Am&eacute;rique et le monde. Un raisonnement que les Europ&eacute;ens devraient m&eacute;diter, eux aussi.<br \/><br style=&quot;font-weight: bold; font-style: italic;&quot; \/><span style=&quot;font-weight: bold; font-style: italic;&quot;>&quot; Who Are We ? &quot;, par Samuel Huntington. Editions Simon &amp; Schuster, 448 pages, 27 dollars.<\/span><br \/><\/span><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p><img width=&quot;200&quot; height=&quot;293&quot; align=&quot;left&quot; src=&quot;http:\/\/michelgurfinkiel.com\/uploads\/Image\/NEW YORK 11 SEPT 06.jpg&quot; alt=&quot;&quot; \/>D&egrave;s 1993, dans l&rsquo;euphorie qui avait suivi la fin de la guerre froide, il avait proph&eacute;tis&eacute; &quot; le choc des civilisations &quot;. Onze ans plus tard, Samuel Huntington persiste et signe : en plaidant pour la restauration de l&rsquo;Etat-nation.<\/p>\n<p> <a href=\"http:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/livres-huntington-persiste-et-signe\/\">&nbsp;&raquo;&nbsp;Read more about: Livres\/ Huntington persiste et signe &nbsp;&raquo;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[657],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/487"}],"collection":[{"href":"http:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=487"}],"version-history":[{"count":2,"href":"http:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/487\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2310,"href":"http:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/487\/revisions\/2310"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=487"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=487"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=487"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}