{"id":505,"date":"2002-07-16T07:18:00","date_gmt":"2002-07-16T05:18:00","guid":{"rendered":"http:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/?p=505"},"modified":"2021-01-14T21:14:10","modified_gmt":"2021-01-14T20:14:10","slug":"madagascar-la-nouvelle-donne","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/madagascar-la-nouvelle-donne\/","title":{"rendered":"Madagascar\/ La nouvelle donne"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"vertical-align: inherit;\"><span style=\"vertical-align: inherit;\">A l&rsquo;arri&egrave;re-plan des p&eacute;rip&eacute;ties malgaches : l&rsquo;&eacute;ternelle rivalit&eacute; des M&eacute;rinas et des autres ethnies. Trente ans apr&egrave;s le d&eacute;sastre de 1972, Ravalomanana n&rsquo;a pas le droit &agrave; l&rsquo;erreur.<!--more-->La visite de Dominique de Villepin &agrave; Antananarivo,&nbsp; d&eacute;but juillet, a mis fin aux rumeurs. Tout au long de la <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot;guerre des deux pr&eacute;sidents&quot;<\/span> &#8211; le chef d&apos;Etat sortant, Didier Ratsiraka, et son successeur, Marc Ravalomanana &#8211; , on a en effet chuchot&eacute; &agrave; Madagascar que la France favorisait le premier. Par <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; solidarit&eacute; socialiste &quot;<\/span>, a-t-on d&rsquo;abord affirm&eacute;, tant que Lionel Jospin &eacute;tait aux affaires ; ou encore pour &eacute;viter une&nbsp; <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; mainmise &quot; <\/span>am&eacute;ricaine sur la Grande Ile&hellip;<\/p>\n<p>De fait, Paris n&rsquo;avait pas voulu trancher entre les deux candidats apr&egrave;s les &eacute;lections du 14 d&eacute;cembre 2001, ni m&ecirc;me apr&egrave;s la proclamation officielle de la victoire de Ravalomanana par la Cour supr&ecirc;me malgache, le 27 f&eacute;vrier : ce qui revenait &agrave; conforter &ndash; implicitement &#8211; la position de Ratsiraka. Puis, dans les n&eacute;gociations qui se sont d&eacute;roul&eacute;es en avril et en juin &agrave; Dakar, le quai d&rsquo;Orsay a sans cesse pr&ocirc;n&eacute; une solution de compromis : retraite honorable pour le pr&eacute;sident sortant, entr&eacute;e de ses partisans dans un gouvernement de <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; r&eacute;conciliation nationale &quot;,<\/span> nouvelles &eacute;lections &agrave; br&egrave;ve &eacute;ch&eacute;ance. Enfin, Paris n&rsquo;a accord&eacute; &agrave; Ravalomanana la satisfaction d&rsquo;une <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; reconnaissance officielle &quot;<\/span> qu&rsquo;au dernier moment : en se retranchant derri&egrave;re l&rsquo;usage selon lequel la R&eacute;publique reconna&icirc;t les Etats, mais non les gouvernements.<\/p>\n<p>Pourquoi tant de m&eacute;nagements ? L&apos;&egrave;re Ratsiraka &#8211; en gros, une trentaine d&apos;ann&eacute;es, de 1972 &agrave; 2002 &ndash; n&rsquo;a pas &eacute;t&eacute; faste pour les int&eacute;r&ecirc;ts fran&ccedil;ais &agrave; Madagascar. M&ecirc;me si ce r&eacute;gime a mieux fini qu&rsquo;il n&rsquo;avait commenc&eacute;.<\/p>\n<p>La Grande Ile avait connu, en 1960, une d&eacute;colonisation mod&egrave;le : le premier pr&eacute;sident de la R&eacute;publique malgache ind&eacute;pendante, Philibert Tsiranana, de sensibilit&eacute; social-d&eacute;mocrate, estimait que son pays ne pouvait se d&eacute;velopper qu&rsquo;en maintenant ses liens avec l&rsquo;ancienne m&eacute;tropole. La langue fran&ccedil;aise restait celle de l&rsquo;administration et de l&rsquo;enseignement, &agrave; parit&eacute; avec le malgache. Les r&eacute;sidents fran&ccedil;ais &ndash; cinquante mille sur une population d&rsquo;un peu plus de cinq millions d&rsquo;habitants &ndash; conservaient leurs biens et leurs fonctions. Les soci&eacute;t&eacute;s fran&ccedil;aises ou mixtes &eacute;taient encourag&eacute;es &agrave; poursuivre ou &agrave; d&eacute;velopper leurs activit&eacute;s. Cela n&rsquo;emp&ecirc;chait pas la mise en place, parall&egrave;lement, d&rsquo;institutions proprement malgaches : y compris dans le domaine &eacute;conomique, o&ugrave; Tsiranana, en bon compagnon de route de la SFIO, pr&ocirc;nait un <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; socialisme humaniste &quot;<\/span>, fond&eacute; sur des coop&eacute;ratives et une planification d&rsquo;Etat.<\/p>\n<p>Les r&eacute;sultats, dix ans plus tard, &eacute;taient probants. Le PNB avait doubl&eacute;, la dette &eacute;tait inexistante, le budget &eacute;quilibr&eacute;. La production de riz, principale activit&eacute; agricole, avait cr&ucirc; de 50 %, passant de 1,2 millions de tonnes &agrave; 1,9 millions. Le coton, g&eacute;r&eacute; par la soci&eacute;t&eacute; fran&ccedil;aise CFDT, avait octupl&eacute;, de 2100 &agrave; 19000 tonnes. L&rsquo;industrie, qui avait progress&eacute; en moyenne de 15 % par an, employait un demi-million de personnes en 1971, contre 200 000 en 1960. Une prosp&eacute;rit&eacute; qui contrastait avec la situation pr&eacute;valant dans la plupart des anciennes colonies.<span style=&quot;font-style: italic;&quot;> &quot; L&rsquo;Afrique noire est mal partie &quot;<\/span>, avait affirm&eacute; l&rsquo;&eacute;conomiste Ren&eacute; Dumont d&egrave;s 1964. Madagascar, elle, semblait <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; bien partie &quot;.<\/span><\/p>\n<p>Le r&eacute;gime Tsiranana ne s&rsquo;en est pas moins effondr&eacute; du jour au lendemain, en 1972. En janvier, le pr&eacute;sident avait &eacute;t&eacute; r&eacute;&eacute;lu &agrave; une large majorit&eacute;. En avril, une <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; r&eacute;volte &eacute;tudiante &quot;, <\/span>calqu&eacute;e sur les &eacute;v&eacute;nements de 1968 en France, bloque les universit&eacute;s et les lyc&eacute;es. En mai, des &eacute;meutes ravagent les villes. Tsiranana remet ses pouvoirs &agrave; l&rsquo;arm&eacute;e, qui s&rsquo;empresse d&rsquo;instituer un r&eacute;gime <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; progressiste &quot;<\/span> : parti unique, nationalisation de la terre et des industries, substitution du malgache au fran&ccedil;ais, alignement sur les pays de l&rsquo;Est. Les deux tiers des r&eacute;sidents fran&ccedil;ais quittent alors le pays.<\/p>\n<p>Ces &eacute;v&eacute;nements s&rsquo;inscrivent, &agrave; premi&egrave;re vue, dans la <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; vague r&eacute;volutionnaire &quot;<\/span> qui balaie alors la zone afro-asiatique. Des r&eacute;gimes marxistes ou marxisants sont mis en place de l&rsquo;Indochine aux anciennes colonies portugaises d&rsquo;Afrique australe, et de la Libye aux Seychelles en passant par Aden ou l&rsquo;Ethiopie. Mais sous ce sch&eacute;ma simple, la r&eacute;alit&eacute; est plus complexe. Derri&egrave;re la R&eacute;volution malgache, il y a une Restauration.<\/p>\n<p>Avant la colonisation, Madagascar &eacute;tait domin&eacute;e par les M&eacute;rinas, d&rsquo;origine austron&eacute;sienne, qui avaient cr&eacute;&eacute; dans les hauts-plateaux des Etats monarchiques centralis&eacute;s. Les Fran&ccedil;ais, eux, avaient favoris&eacute; les populations c&ocirc;ti&egrave;res, plus frustres, issues de m&eacute;tissages entre Austron&eacute;siens, Africains, Arabes et m&ecirc;me Europ&eacute;ens. En 1947, les M&eacute;rinas avaient tent&eacute; de reprendre le pouvoir &agrave; travers une insurrection arm&eacute;e : la France avait r&eacute;tabli l&rsquo;ordre en s&rsquo;appuyant sur les C&ocirc;tiers, dont Tsiranana allait bient&ocirc;t devenir le principal dirigeant. Et la R&eacute;publique ind&eacute;pendante n&rsquo;avait fait, dans une large mesure, que p&eacute;renniser cette alliance. Pour les M&eacute;rinas, c&rsquo;&eacute;tait l&agrave; une situation <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; contre nature &quot;. <\/span>La r&eacute;volution <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; progressiste &quot; <\/span>et militaire de 1972 leur permet en fait d&rsquo;y mettre fin : ils sont en effet majoritaires dans les forces arm&eacute;es.<\/p>\n<p>La IIe R&eacute;publique &ndash; dont un capitaine de fr&eacute;gate form&eacute; &agrave; Brest, vite promu amiral, Didier Ratsiraka, prend la t&ecirc;te en 1975 &#8211; ruine le pays. Le PNB r&eacute;gresse de 10 % en dix ans ; comme la population continue &agrave; cro&icirc;tre fortement (elle atteint aujourd&rsquo;hui 15 millions d&rsquo;habitants, trois fois plus qu&rsquo;au moment de l&rsquo;ind&eacute;pendance), le revenu par habitant ne fait que s&rsquo;affaisser (moins de 250 dollars en 2001, selon la Banque mondiale). D&egrave;s 1980, Madagascar est devenu importatrice de riz et d&rsquo;autres produits agricoles de base. L&rsquo;industrie ne tourne plus qu&rsquo;&agrave; 30 % de sa capacit&eacute;. Fin 1981, on fr&ocirc;le la cessation de paiements.<\/p>\n<p>Ratsiraka fait alors preuve de r&eacute;alisme, en acceptant la tutelle du FMI et son corollaire, une lib&eacute;ralisation partielle de l&rsquo;&eacute;conomie. Il se rapproche de la France et de la Communaut&eacute; europ&eacute;enne. La d&eacute;sagr&eacute;gation de l&rsquo;Empire sovi&eacute;tique, &agrave; partir de 1989, l&rsquo;am&egrave;ne en outre &agrave; d&eacute;marxiser son r&eacute;gime. En 1991, apr&egrave;s plusieurs mois d&rsquo;&eacute;meutes qui apparaissent comme la r&eacute;plique exacte des &eacute;v&eacute;nements de 1972, il instaure la IIIe R&eacute;publique : multipartisme, libert&eacute; de la presse. Une <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; transition &quot; <\/span>habilement g&eacute;r&eacute;e, qui lui permet de garder l&rsquo;essentiel du pouvoir. Mais le dictateur estime que le nouveau syst&egrave;me ne peut fonctionner, &agrave; terme, qu&rsquo;en s&rsquo;ouvrant &agrave; toutes les ethnies. Une sorte de renversement se produit donc tout au long des ann&eacute;es quatre-vingt-dix : Ratsiraka s&rsquo;appuie de plus en plus sur des C&ocirc;tiers, notamemment &agrave; partir de 1997, tandis que la bourgeoisie m&eacute;rina &ndash; devenue classe dirigeante &eacute;conomique &agrave; la faveur du r&eacute;gime hybride des ann&eacute;es quatre-vingt &#8211; passe peu &agrave; peu &agrave; l&rsquo;opposition. <\/p>\n<p>Marc Ravalomanana, l&rsquo;homme qui bat Ratsiraka de peu aux pr&eacute;sidentielles de 2001,&nbsp; incarne bien cette situation. Issu de la r&eacute;gion d&rsquo;Antananarivo &ndash; le c&oelig;ur du pays m&eacute;rina -, il a fait fortune en montant une industrie locale du yaourt, puis en cr&eacute;ant un empire allant de l&rsquo;agroalimentaire aux m&eacute;dias. En 1999, quand il pr&eacute;sente sa candidature &agrave; la pr&eacute;sidence de la R&eacute;publique, il re&ccedil;oit imm&eacute;diatement l&rsquo;appui d&rsquo;une partie de l&rsquo;ancien Establishment. Pendant la campagne, c&rsquo;est le soutien des Eglises, catholique mais aussi protestantes, qui est particuli&egrave;rement visible. Apr&egrave;s le scrutin, celui de l&rsquo;arm&eacute;e n&rsquo;est pas moins marquant. <\/p>\n<p>Potentiellement, Madagascar est un pays tr&egrave;s riche. L&rsquo;Ile regorge de minerais (charbon, bauxite, fer, chromite) mais aussi de pierres pr&eacute;cieuses ou semi-pr&eacute;cieuses (rubis, saphir, &eacute;meraude, tourmaline, b&eacute;ryl). Elle produit du bois pr&eacute;cieux, des fruits et l&eacute;gumes pouvant faire l&rsquo;objet d&rsquo;exportations &agrave; haute valeur ajout&eacute;e (caf&eacute;, mais aussi vanille, poivre, girofle, bananes, litchis, l&eacute;gumes issus de cultures biologiques). Ses ressources halieutiques sont consid&eacute;rables, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de la p&ecirc;che en haute mer ou de l&rsquo;aquaculture. Son cheptel de z&eacute;bus, d&eacute;cim&eacute; par le socialisme, pourrait &ecirc;tre reconstitu&eacute;. Le coton et le textile, toujours g&eacute;r&eacute; par les Fran&ccedil;ais (la CFDT &eacute;tant devenue Dagris), sont proches de la comp&eacute;tivit&eacute; internationale. Des activit&eacute;s de service (t&eacute;l&eacute;coms, t&eacute;l&eacute;traitement) pourraient&nbsp; se d&eacute;velopper, comme c&rsquo;est le cas &agrave; Maurice. Enfin, le tourisme n&rsquo;est pour l&rsquo;instant pratiquement pas mis en valeur.<\/p>\n<p>Seule condition : assurer &agrave; la fois une v&eacute;ritable d&eacute;mocratisation et la stabilit&eacute;. L&rsquo;Union europ&eacute;enne (50 % des &eacute;changes ext&eacute;rieurs malgaches) et la France (30 % &agrave; elle seule) sont pr&ecirc;tes &agrave; apporter leur aide. A Ranavalomanana&nbsp; de faire ses preuves.<br \/><\/span><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A l&rsquo;arri&egrave;re-plan des p&eacute;rip&eacute;ties malgaches : l&rsquo;&eacute;ternelle rivalit&eacute; des M&eacute;rinas et des autres ethnies. Trente ans apr&egrave;s le d&eacute;sastre de 1972, Ravalomanana n&rsquo;a pas le droit &agrave; l&rsquo;erreur.<\/p>\n<p> <a href=\"http:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/madagascar-la-nouvelle-donne\/\">&nbsp;&raquo;&nbsp;Read more about: Madagascar\/ La nouvelle donne &nbsp;&raquo;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[657],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/505"}],"collection":[{"href":"http:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=505"}],"version-history":[{"count":2,"href":"http:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/505\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2330,"href":"http:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/505\/revisions\/2330"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=505"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=505"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=505"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}