{"id":229,"date":"2001-11-04T21:15:00","date_gmt":"2001-11-04T20:15:00","guid":{"rendered":"http:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/?p=229"},"modified":"2021-01-14T21:14:10","modified_gmt":"2021-01-14T20:14:10","slug":"inch-allah-requiem-pour-adamo","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/inch-allah-requiem-pour-adamo\/","title":{"rendered":"Inch Allah\/ Requiem pour Adamo"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"vertical-align: inherit;\"><span style=\"vertical-align: inherit;\"><\/p>\n<p>&nbsp;<img width=&quot;340&quot; height=&quot;462&quot; src=&quot;http:\/\/www.michelgurfinkiel.com\/uploads\/Image\/NEW\/salvatore-adamo_1.jpeg&quot; alt=&quot;&quot; \/><\/p>\n<p>Quand le bateleur italo-belge invoque Dieu pour mieux mentir&#8230;<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p><style type=&quot;text\/css&quot;>@font-face {\n  font-family: &quot;Times&quot;;\n}p.MsoNormal, li.MsoNormal, div.MsoNormal { margin: 0cm 0cm 0.0001pt; font-size: 12pt; font-family: &quot;Times New Roman&quot;; }div.Section1 { page: Section1; }<\/style>\n<\/p>\n<p style=&quot;margin-left: 1cm;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;>Voici quelques jours, on diffusait sur une cha&icirc;ne de t&eacute;l&eacute;vision une r&eacute;trospective consacr&eacute;e au chanteur italo-belge Salvatore Adamo. Je ne sais si ce nom dit encore quelque chose aux moins de vingt ans ou de trente ans. Les plus &acirc;g&eacute;s, en revanche, <span style=&quot;&quot;>&nbsp;<\/span>se rappellent qu&rsquo;Adamo connut le succ&egrave;s dans les ann&eacute;es soixante, avec des ritournelles &eacute;tranges, fades, sucr&eacute;es, pouss&eacute;es avec une voix de fausset &agrave; demi-cass&eacute;e. Mais aussi qu&rsquo;il rencontra la gloire pendant l&rsquo;hiver 1966-1967, avec <em style=&quot;&quot;>Inch Allah<\/em>.<\/p>\n<p style=&quot;margin-left: 1cm;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;>&nbsp;<\/p>\n<p style=&quot;margin-left: 1cm;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;>En d&eacute;pit d&rsquo;un titre et d&rsquo;un refrain arabo-musulman, cette chanson, &agrave; tous point exceptionnelle, racontait Isra&euml;l et J&eacute;rusalem, tels qu&rsquo;ils pouvaient alors appara&icirc;tre &agrave; un jeune visiteur europ&eacute;en&nbsp;: un pays en guerre, fragile, encercl&eacute; de fils barbel&eacute;s et d&rsquo;ennemis implacables, une ville divis&eacute;e sur laquelle planaient le souvenir de l&rsquo;Ancien Testament et du Nouveau, mais aussi l&rsquo;image, encore r&eacute;cente, encore insoutenable, de l&rsquo;Holocauste. Apr&egrave;s une ouverture instrumentale obs&eacute;dante, pareille &agrave; un roulement de tonnerre, Adamo disait, d&rsquo;une voix soudainement belle :<\/p>\n<p style=&quot;margin-left: 1cm;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;>&nbsp;<\/p>\n<p style=&quot;margin-left: 1cm;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;><em style=&quot;&quot;>&laquo;&nbsp;Mais quand j&rsquo;ai vu J&eacute;rusalem, <\/em><\/p>\n<p style=&quot;margin-left: 1cm;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;><em style=&quot;&quot;>Coquelicot sur un rocher, <\/em><\/p>\n<p style=&quot;margin-left: 1cm;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;><em style=&quot;&quot;>J&rsquo;ai entendu un requiem,<\/em><\/p>\n<p style=&quot;margin-left: 1cm;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;><em style=&quot;&quot;>Quand sur lui je me suis pench&eacute;&hellip;<\/em><\/p>\n<p style=&quot;margin-left: 1cm;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;><em style=&quot;&quot;>Requiem pour six millions d&rsquo;&acirc;mes<\/em><\/p>\n<p style=&quot;margin-left: 1cm;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;><em style=&quot;&quot;>Qui n&rsquo;ont pas leur mausol&eacute;e de marbre<\/em><\/p>\n<p style=&quot;margin-left: 1cm;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;><em style=&quot;&quot;>Et qui malgr&eacute; le sable inf&acirc;me<\/em><\/p>\n<p style=&quot;margin-left: 1cm;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;><em style=&quot;&quot;>Ont fait pousser six millions d&rsquo;arbres&nbsp;&raquo;.<\/em><\/p>\n<p style=&quot;margin-left: 1cm;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;><em style=&quot;&quot;>&nbsp;<\/em><\/p>\n<p style=&quot;margin-left: 1cm;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;>Puis le refrain montait, comme un cri. En arabe, &eacute;trangement, mais apr&egrave;s tout pourquoi pas. <em style=&quot;&quot;>Inch Allah<\/em>, une invocation au Dieu supr&ecirc;me, au Tr&egrave;s-Haut, &agrave; Celui Qui surplombe le juda&iuml;sme, le christianisme et l&rsquo;islam, et Qui venait de rendre sa terre &agrave; Son peuple martyris&eacute;.<\/p>\n<p style=&quot;margin-left: 1cm;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;>&nbsp;<\/p>\n<p style=&quot;margin-left: 1cm;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;>On ne saurait exag&eacute;rer l&rsquo;impact que cette chanson eut sur les esprits, en France, dans les pays francophones, dans le monde. Si les opinions publiques europ&eacute;ennes furent massivement du c&ocirc;t&eacute; d&rsquo;Isra&euml;l quelques mois plus tard, pendant la guerre de juin 1967, cela fut en partie &agrave; cause d&rsquo;elle. Et les juifs de France m&ecirc;l&egrave;rent spontan&eacute;ment, au lendemain de l&rsquo;&eacute;preuve et de la victoire, les paroles un peu kitsch et pourtant si vraies d&rsquo;Adamo avec un nouveau refrain qui venait cette fois d&rsquo;Isra&euml;l et qu&rsquo;une toute petite jeune fille, Shuli Nathan, chantait en h&eacute;breu&nbsp;: <em style=&quot;&quot;>Yerushalayyim shel Zahav<\/em>, J&eacute;rusalem, la Ville d&rsquo;Or&hellip;<\/p>\n<p style=&quot;margin-left: 1cm;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;>&nbsp;<\/p>\n<p style=&quot;margin-left: 1cm;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;>Il allait de soi qu&rsquo; <em style=&quot;&quot;>Inch Allah<\/em> f&ucirc;t au<span style=&quot;&quot;>&nbsp; <\/span>c&oelig;ur de la r&eacute;trospective t&eacute;l&eacute;visuelle de l&rsquo;autre jour. Et de fait, Adamo avait tenu &agrave; se faire filmer, pour l&rsquo;occasion, &agrave; J&eacute;rusalem, au milieu des pierres blondes et sous le ciel bleu azyme. Le m&ecirc;me Adamo, un peu vieilli, un peu grim&eacute;, un peu path&eacute;tique avec ses faux cheveux noirs et ses pattes d&rsquo;oie, mais toujours souriant. Il relatait les conditions dans lesquelles il avait &eacute;crit sa chanson, voici trente-cinq ans. Il affirmait que les paroles et la musique lui &eacute;taient venues d&rsquo;elles-m&ecirc;mes, comme si des forces sup&eacute;rieures les lui avaient dict&eacute;es, et qu&rsquo;il avait gard&eacute; ce premier jet tel quel, sans rien y changer. Et ensuite, il interpr&eacute;ta <em style=&quot;&quot;>Inch Allah<\/em>, en compagnie de la chanteuse Maurane. Et l&agrave;, mes oreilles ont siffl&eacute;, comme celles, j&rsquo;en suis s&ucirc;r, de milliers d&rsquo;autres t&eacute;l&eacute;spectateurs de mon &acirc;ge. Adamo avait chang&eacute; les paroles. Plus d&rsquo;Holocauste, plus de six millions d&rsquo;arbres ni de six millions d&rsquo;&acirc;mes, mais des allusions &agrave; Isma&euml;l et &agrave; je ne sais quel processus de paix. La chanson inoubliable d&eacute;di&eacute;e &agrave; Isra&euml;l &eacute;tait d&eacute;sormais recycl&eacute;e au profit de l&rsquo;OLP et de Madame Le&iuml;la Shahid.<\/p>\n<p style=&quot;margin-left: 1cm;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;>&nbsp;<\/p>\n<p style=&quot;margin-left: 1cm;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;>Qu&rsquo;on me comprenne bien. Adamo a le droit de penser ce qu&rsquo;il veut, et de prendre le parti qu&rsquo;il veut. Il a le droit, pour amadouer le boycott arabe, parce que c&rsquo;est bien de cela qu&rsquo;il s&rsquo;est agi avant tout, de d&eacute;naturer l&rsquo;un de ses plus beaux titres. Mais ce que je trouve &agrave; la fois incroyablement vil et incroyablement r&eacute;v&eacute;lateur, <span style=&quot;&quot;>&nbsp;<\/span>c&rsquo;est d&rsquo;affirmer que la chanson lui &eacute;tait venue d&rsquo;En-Haut, &agrave; travers une inspiration quasi-proph&eacute;tique, de jurer qu&rsquo;il n&rsquo;y avait chang&eacute; ni une note, ni un iota, et ensuite, dans le m&ecirc;me mouvement, et avec le m&ecirc;me bon sourire, avec l&rsquo;aplomb du bateleur de foire et du faux t&eacute;moin professionnel, de la censurer, de la r&eacute;&eacute;crire et de la chanter pour un public qui, bien s&ucirc;r, sait parfaitement de quoi il en retourne. Ce comportement est celui des staliniens qui, nagu&egrave;re, retouchaient sans cesse les textes et les photographies afin que les ex-h&eacute;ros du peuple, soudain transform&eacute;s en ennemis du peuple au fil des proc&egrave;s de Moscou ou de Prague, disparaissent de l&rsquo;histoire officielle. Il est celui des r&eacute;visionnistes de tout poil, ceux, n&eacute;o-nazis, qui pr&eacute;tendent que la Shoa n&rsquo;a jamais eu lieu, ou ceux,<span style=&quot;&quot;>&nbsp; <\/span>islamistes, qui d&eacute;clarent que le Temple de Salomon n&rsquo;a jamais exist&eacute; et que J&eacute;rusalem a toujours &eacute;t&eacute; une ville arabe. Et la question n&rsquo;est pas tant de savoir comment de tels mensonges peuvent &ecirc;tre prof&eacute;r&eacute;es que se s&rsquo;interroger sur les conditions dans lesquels ils ont pu prolif&eacute;rer, au point de se substituer, comme des algues tueuses, &agrave; une v&eacute;rit&eacute; historique pourtant bien &eacute;tablie et dont la plus grande partie de l&rsquo;opinion, dans les pays occidentaux, ont &eacute;t&eacute; les t&eacute;moins directs.<\/p>\n<p style=&quot;margin-left: 1cm;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;>&nbsp;<\/p>\n<p style=&quot;margin-left: 1cm;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;>Confront&eacute; au mensonge syst&eacute;matique de l&rsquo;URSS stalinienne, Solj&eacute;nitsyne a dit un jour&nbsp;: <em style=&quot;&quot;>&laquo;&nbsp;J&rsquo;ai d&eacute;couvert que la seule fa&ccedil;on de r&eacute;sister, c&rsquo;&eacute;tait de ne jamais mentir, de ne jamais faire de concessions, m&ecirc;me sur un fait mineur, m&ecirc;me par omission&nbsp;&raquo;.<\/em> Si aujourd&rsquo;hui le r&eacute;visionnisme palestinien et islamiste d&eacute;vore les m&eacute;dias, c&rsquo;est, je le crains, parce que les juifs, les Isra&eacute;liens, les amis non-juifs d&rsquo;Isra&euml;l, n&rsquo;ont pas su s&rsquo;en tenir au conseil du grand &eacute;crivain russe. Au nom d&rsquo;un soi-disant processus de paix, que n&rsquo;a-t-on pas conc&eacute;d&eacute; &agrave; Arafat, &agrave; ses amis, &agrave; ses repr&eacute;sentants, &agrave; ses thurif&eacute;raires, &agrave; ses alli&eacute;s&nbsp;? On a voulu dialoguer avec ceux qui n&rsquo;ont jamais utiliser le dialogue qu&rsquo;&agrave; la mani&egrave;re d&rsquo;une arme. On n&rsquo;a pas compris que chaque atome de l&eacute;gitimit&eacute; qu&rsquo;on croyait pouvoir conc&eacute;der <span style=&quot;&quot;>&nbsp;<\/span>&agrave; la machine de guerre palestinienne, dans l&rsquo;absurde espoir de la transformer en partenaire pour la paix, c&rsquo;&eacute;tait autant de l&eacute;gitimit&eacute; qu&rsquo;on retirait &agrave; Isra&euml;l et au sionisme.<\/p>\n<p style=&quot;margin-left: 1cm;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;>&nbsp;<\/p>\n<p style=&quot;margin-left: 1cm;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;><strong style=&quot;&quot;>&copy; Michel Gurfinkiel, 2001<\/strong><\/p>\n<p style=&quot;margin-left: 1cm;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;>&nbsp;<\/p>\n<p style=&quot;margin-left: 1cm;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;>&nbsp;<\/p>\n<p><\/span><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<\/p>\n<p>&nbsp;<img width=&quot;340&quot; height=&quot;462&quot; src=&quot;http:\/\/www.michelgurfinkiel.com\/uploads\/Image\/NEW\/salvatore-adamo_1.jpeg&quot; alt=&quot;&quot; \/><\/p>\n<p>Quand le bateleur italo-belge invoque Dieu pour mieux mentir&#8230;<\/p>\n<\/p>\n<p> <a href=\"https:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/inch-allah-requiem-pour-adamo\/\">&nbsp;&raquo;&nbsp;Read more about: Inch Allah\/ Requiem pour Adamo &nbsp;&raquo;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[657],"tags":[123],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/229"}],"collection":[{"href":"https:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=229"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/229\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1748,"href":"https:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/229\/revisions\/1748"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=229"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=229"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=229"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}