{"id":502,"date":"2003-03-12T11:24:00","date_gmt":"2003-03-12T10:24:00","guid":{"rendered":"http:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/?p=502"},"modified":"2021-01-14T21:14:10","modified_gmt":"2021-01-14T20:14:10","slug":"eglise-jean-paul-ii-contre-la-guerre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/eglise-jean-paul-ii-contre-la-guerre\/","title":{"rendered":"Eglise\/ Jean Paul II contre la guerre"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"vertical-align: inherit;\"><span style=\"vertical-align: inherit;\">Le pape ne veut pas d&apos;une&nbsp; &quot; croisade &quot; contre l&rsquo;Irak. Une position qui &eacute;tonne certains catholiques.<!--more-->Le pape Jean Paul II s&rsquo;oppose &agrave; d&rsquo;&eacute;ventuelles&nbsp; op&eacute;rations militaires am&eacute;ricaines en Irak. Il l&rsquo;a fait savoir haut et fort : non sans cr&eacute;er des probl&egrave;mes de conscience chez ses ouailles. Aux Etats-Unis, le courant catholique conservateur est en effet l&rsquo;une des composantes de la majorit&eacute; r&eacute;publicaine actuelle, aux c&ocirc;t&eacute;s des protestants &eacute;vang&eacute;liques, des juifs orthodoxes et de la tendance la plus traditionaliste du mouvement&nbsp; juif&nbsp; <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; conservative &quot; <\/span>( massorti). Il n&rsquo;est pas indiff&eacute;rent de noter que c&rsquo;est Ronald Reagan, dont la famille &eacute;tait d&rsquo;origine irlandaise catholique, qui a &eacute;tabli des relations diplomatiques entre la R&eacute;publique am&eacute;ricaine et le Saint-Si&egrave;ge. <\/p>\n<p>En Europe, les catholiques conservateurs sont plut&ocirc;t pro-am&eacute;ricains : de l&rsquo;entourage de Silvio Berlusconi en Italie au parti populaire de Jose Maria Aznar en Espagne, en passant par Edmund Stoiber, ministre-pr&eacute;sident CSU de Bavi&egrave;re et candidat de la coalition chr&eacute;tienne CDU-CSU aux derni&egrave;res &eacute;lections nationales allemandes, en septembre 2002. Tony Blair, le premier ministre travailliste britannique peut lui-m&ecirc;me &ecirc;tre d&eacute;crit comme un quasi-catholique : il appartient &agrave; la tendance la plus traditionnelle de l&rsquo;Eglise anglicane, sa femme est catholique, et le couple assiste souvent ensemble &agrave; la messe <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; romaine &quot;<\/span>. En France, c&rsquo;est dans une certaine sensibilit&eacute; catholique de droite, bien repr&eacute;sent&eacute;e dans l&rsquo;ancien parti DL, que l&rsquo;on trouve &agrave; la fois les meilleurs amis des Etats-Unis et ceux d&rsquo;Isra&euml;l. En Europe de l&rsquo;Est, tout le monde est certes pro-am&eacute;ricain : mais le pays le plus catholique, la Pologne, est aussi le plus engag&eacute; en faveur de la strat&eacute;gie de George W. Bush. Enfin, dans beaucoup de pays du tiers-monde, les catholiques, conservateurs ou non, sont souvent pro-am&eacute;ricains pour des raisons de survie : ils ont le sentiment que seuls les Etats-Unis peuvent les prot&eacute;ger face aux r&eacute;gimes se r&eacute;clamant du communisme (y compris le r&eacute;gime <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; communiste-capitaliste &quot;<\/span> de P&eacute;kin) ou &agrave; la mont&eacute;e de l&rsquo;int&eacute;grisme musulman (en Afrique subsaharienne ou en Asie).<\/p>\n<p>Ces consid&eacute;rations n&rsquo;ont pas arr&ecirc;t&eacute; le Saint P&egrave;re. En fait, il a commenc&eacute; &agrave; s&rsquo;opposer &agrave; des op&eacute;rations militaires am&eacute;ricaines d&egrave;s septembre 2001, alors que le Pentagone ne visait encore que l&rsquo;Afghanistan des talibans. <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; La religion ne doit jamais redevenir un motif de conflit &quot;<\/span>, ne cessait-il alors de r&eacute;p&eacute;ter. Le 18 novembre 2001, il invitait les catholiques &agrave; consacrer la journ&eacute;e du 14 d&eacute;cembre &ndash; devant co&iuml;ncider, cette ann&eacute;e-l&agrave;,&nbsp; avec le dernier vendredi du Ramadan &#8211; &agrave; des pri&egrave;res <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot;&nbsp; pour une paix stable fond&eacute;e sur la justice &quot; <\/span>:&nbsp; ce qui sous-entendait qu&rsquo;une paix fond&eacute;e sur la puissance d&rsquo;un seul pays ou d&rsquo;un seul groupe de pays &eacute;tait injuste par nature, m&ecirc;me si le ou les pays consid&eacute;r&eacute;s &eacute;taient d&eacute;mocratiques et que leur comportement&nbsp; &eacute;tait, de mani&egrave;re &eacute;vidente,&nbsp; plus pacifique et tol&eacute;rant que celui de leurs adversaires &eacute;ventuels.&nbsp; Le 24 janvier 2002, il participait, dans le m&ecirc;me esprit, &agrave; une rencontre interreligieuse de pri&egrave;re pour la paix, organis&eacute;e &agrave; Assise. Tout au long de l&rsquo;ann&eacute;e 2002, &agrave; mesure que les Etats-Unis pr&eacute;cisaient leurs intentions &agrave; l&rsquo;&eacute;gard de l&rsquo;Irak, le Saint-Si&egrave;ge s&rsquo;y est oppos&eacute; de fa&ccedil;on de plus en plus explicite. Enfin, le 5 mars&nbsp; 2003, Jean Paul II a envoy&eacute; le cardinal Pio Laghi, v&eacute;t&eacute;ran de la diplomatie pontificale (ancien ambassadeur du Saint-Si&egrave;ge &agrave; Washington, il est &acirc;g&eacute; de 81 ans), aupr&egrave;s du pr&eacute;sident Bush, pour lui signifier &ndash; dans un entretien qui a dur&eacute; trente minutes &#8211; qu&rsquo;une guerre qui se d&eacute;roulerait <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; en dehors du cadre de l&rsquo;Onu &quot;<\/span> serait <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; ill&eacute;gale et injuste &quot;<\/span>.<\/p>\n<p>Pourquoi cette attitude ? L&rsquo;Eglise, disait Nietzsche, est <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot;&nbsp; un Empire qui a le temps devant lui &quot;<\/span>. Plus que la plupart des institutions de ce monde,&nbsp; mais gu&egrave;re plus que le juda&iuml;sme orthodoxe, par exemple, elle tient compte de la longue dur&eacute;e. Elle ne m&eacute;prise pas ses int&eacute;r&ecirc;ts imm&eacute;diats, ou ceux du monde chr&eacute;tien. Mais elle sait que ces int&eacute;r&ecirc;ts &eacute;voluent de si&egrave;cle en si&egrave;cle &ndash; et de d&eacute;cennie en d&eacute;cennie. En outre, l&rsquo;Eglise est &ndash; fondamentalement &ndash; une institution religieuse. Son prestige et sa puissance sont li&eacute;es &agrave; l&rsquo;affirmation de certains principes moraux, ou si l&rsquo;on pr&eacute;f&egrave;re au fait de para&icirc;tre affirmer de tels principes. C&rsquo;est par rapport &agrave; ces donn&eacute;es diverses et complexes que Rome d&eacute;cide de certaines politiques, quitte &agrave; laisser aux fid&egrave;les, dans le d&eacute;tail, une assez grande libert&eacute; d&rsquo;appr&eacute;ciation et de comportement.&nbsp; Car il faut le rappeler, le dogme de l&rsquo;infaillibilit&eacute; pontificale ne porte que sur les questions relatives &agrave; la foi. <\/p>\n<p>Sur un autre plan, l&rsquo;Eglise reste une institution humaine, trop humaine. Le facteur individuel y est plus important qu&rsquo;on ne pense g&eacute;n&eacute;ralement, notamment&nbsp; en ce qui concerne les papes et les &eacute;v&ecirc;ques. Et chaque sous-groupe, au sein de l&rsquo;Eglise (ordre religieux, &eacute;cole th&eacute;ologique, Eglise nationale), a souvent sa propre politique, qu&rsquo;il cherche &agrave; promouvoir. Une partie de l&rsquo;Eglise peut faire de la r&eacute;sistance passive vis-&agrave;-vis des d&eacute;cisions d&rsquo;un pape (on l&rsquo;a vu &agrave; propos de l&rsquo;application des r&eacute;formes adopt&eacute;es lors du concile Vatican II, du rapprochement avec le juda&iuml;sme ou de la reconnaissance de jure de l&rsquo;Etat d&rsquo;Isra&euml;l). Inversement, un pape peut chercher &agrave; obtenir un plus grand consensus autour de ses d&eacute;cisions. Ces tensions et ces rapports de force prennent d&rsquo;autant plus d&rsquo;importance qu&rsquo;un pontificat semble toucher &agrave; sa fin et que l&rsquo;&eacute;ventualit&eacute; d&rsquo;un nouveau&nbsp; conclave se pr&eacute;cise.<\/p>\n<p>Les motifs ultimes pour lequels Jean Paul II adopte aujourd&rsquo;hui une attitude pacifiste &eacute;chappent &agrave; la plupart des <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; Vatican watchers &quot;<\/span>&nbsp; ou <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; vaticanologues &quot;,<\/span>&nbsp; les observateurs avertis de la politique et de la g&eacute;opolitique du Saint-Si&egrave;ge. En revanche,&nbsp; on peut indiquer les facteurs qui conduisent &agrave; cette attitude, ou qui la renforcent. <\/p>\n<p><span style=&quot;font-weight: bold;&quot;>LE DROIT INTERNATIONAL.<\/span> C&rsquo;est l&rsquo;argument qu&rsquo;a invoqu&eacute; le cardinal Laghi quand il a rencontr&eacute; Bush : la guerre serait <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; ill&eacute;gale et injuste &quot;<\/span>. Ces affirmations renvoient au concept de la <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; guerre juste &quot;, <\/span>qui est au c&oelig;ur de la pens&eacute;e catholique en mati&egrave;re de relations internationales. Une interpr&eacute;tation que les catholiques favorables &agrave; la politique am&eacute;ricaine contestent cat&eacute;goriquement.<\/p>\n<p>Le mieux, &agrave; cet &eacute;gard, est de citer saint Thomas d&rsquo;Aquin (<span style=&quot;font-style: italic;&quot;>Somme Th&eacute;ologique<\/span>, II, II,&nbsp; Question 40 article 1) :&nbsp; <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; Pour qu&apos;une guerre soit juste , trois conditions sont requises. (a) L&rsquo; autorit&eacute; du prince sur l&rsquo;ordre de qui on doit faire la guerre. Il n est pas du ressort d une personne priv&eacute;e d engager une guerre, car elle peut faire valoir son droit au tribunal de son sup&eacute;rieur; parce qu aussi le fait de convoquer la multitude, n&eacute;cessaire pour la guerre, n&rsquo;appartient pas &agrave; une personne priv&eacute;e. Puisque le soin des affaires publiques a &eacute;t&eacute; confi&eacute; aux princes :c&rsquo;est &agrave; eux qu il appartient de veiller au bien public de la cit&eacute;, du royaume ou de la province soumis &agrave; leur autorit&eacute;. De m&ecirc;me qu&rsquo; ils le d&eacute;fendent licitement par le glaive contre les perturbateurs du dedans quand ils punissent les malfaiteurs (selon la parole de l&rsquo;ap&ocirc;tre, ce n est pas en vain qu il porte le glaive : il est ministre de Dieu pour faire justice et ch&acirc;tier celui qui fait le mal) ; de m&ecirc;me aussi il leur appartient de d&eacute;fendre le bien public par le glaive de la guerre contre les ennemis du dehors. C est pour cela qu&rsquo; il dit au prince dans le psaume 82 :&nbsp; &quot; Soutenez le pauvre , et d&eacute;livrez le malheureux de la main des p&eacute;cheurs &quot;.&nbsp; Et que saint Augustin &eacute;crit: &quot; L&rsquo;ordre naturel, appliqu&eacute; &agrave; la paix des mortels, demande que l&rsquo;autorit&eacute; et le conseil pour engager la guerre appartiennent aux princes &quot; . (b) Une cause juste : il est requis que l&rsquo;on attaque l ennemi en raison de quelque faute.C est pour cela que saint Augustin &eacute;crit :&nbsp; &quot; On a coutume de d&eacute;finir guerres justes celles qui punissent des injustices quand il y a lieu, par exemple de ch&acirc;tier un peuple ou une cit&eacute; qui a n&eacute;glig&eacute; de punir un tort commis par les siens,ou de restituer ce qui a &eacute;t&eacute; enlev&eacute; par violence &quot;.&nbsp; ( c) Une intention droite chez ceux qui font la guerre : on doit se proposer de promouvoir le bien et d &eacute;viter le mal. C est pour cela que saint Augustin &eacute;crit : &quot; Chez les vrais adorateurs de Dieu,&nbsp; les guerres m&ecirc;mes sont pacifiques, car elles ne sont pas faite par cupidit&eacute; ou par cruaut&eacute;, mais dans un souci de paix, pour r&eacute;primer les m&eacute;chants et secourir les bons &quot; .En effet, m&ecirc;me si l autorit&eacute; de celui qui d&eacute;clare la guerre est l&eacute;gitime et sa cause juste, il arrive n&eacute;anmoins que la guerre soit rendue illicite par le fait d une intention mauvaise. Saint&nbsp; Augustin &eacute;crit en effet : &quot; Le d&eacute;sir de nuire, la cruaut&eacute; dans la vengance, la violence et l&rsquo;inflexibilit&eacute; de l esprit, la sauvagerie dans le combat , la passion de dominer et autres choses semblables , voil&agrave; ce qui dans les guerres est jug&eacute; coupable par le droit &quot;. <\/span><br style=&quot;font-style: italic;&quot; \/><br \/>En quoi une guerre am&eacute;ricaine contre l&rsquo;Irak manquerait-elle &agrave; ces crit&egrave;res ?&nbsp; Le point (a) n&rsquo;est pas convaincant. Si l&rsquo;on consid&egrave;re que l&rsquo;Onu constitue une <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; soci&eacute;t&eacute; des nations &quot;,<\/span> un super-Etat r&eacute;unissant tous les Etats,&nbsp; la guerre d&rsquo;un seul Etat serait en effet assimilable &agrave; une <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot;<\/span> <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>guerre priv&eacute;e &quot;<\/span> : c&rsquo;est le point de vue que soutiennent actuellement la plupart des Etats et des organisations hostiles &agrave; la guerre am&eacute;ricaine, y compris la France, et que le Vatican semble partager. Mais les Am&eacute;ricains r&eacute;torquent que les Etats membres de l&apos;Onu sont toujours individuellement souverains et que l&apos;Onu, loin d&rsquo;&ecirc;tre un super-Etat, un gouvernement mondial, n&rsquo;est qu&rsquo;une simple conf&eacute;rence d&apos;Etats, un <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; concert&nbsp; de puissances &quot;<\/span> comme on disait entre 1815 et 1914. Une guerre d&eacute;cid&eacute;e par un ou plusieurs membres de l&rsquo;Onu sans l&apos;aval de l&apos;Onu en tant que telle ne peut donc &ecirc;tre assimil&eacute;e &agrave; une&nbsp; <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; guerre priv&eacute;e &quot;<\/span>. Le fait est, par exemple, que la guerre du Kosovo, en 1999, s&rsquo;est d&eacute;roul&eacute;e &ndash; avec la participation des pays pacifistes par excellence que sont aujourd&rsquo;hui la France et l&rsquo;Allemagne &#8211; sans vote pr&eacute;alable de l&apos;Onu.<\/p>\n<p>Le point (b) n&rsquo;est pas plus pertinent. Personne, parmi les tr&egrave;s grandes puissances (et certainement pas la France, si l&rsquo;on &eacute;coute attentivement&nbsp; Jacques Chirac et Dominique de Villepin), ne nie que Saddam soit un tyran et un danger majeur pour la paix r&eacute;gionale ou mondiale. Il n&apos;y&nbsp; a de d&eacute;bat &ndash; officiellement &#8211; que sur les modalit&eacute;s de l&rsquo;action que l&rsquo;on pourrait mener contre lui. Le pape lui-m&ecirc;me a admis, le 1er janvier 2002, que les pays ayant fait l&rsquo;objet d&rsquo;agressions terroristes <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; avaient le droit de se d&eacute;fendre &quot;.<\/span><\/p>\n<p>Enfin, le point ( c) n&rsquo;est pas valable. Bush ne se propose pas d&apos;asservir les Irakiens, de les exterminer, de s&apos;emparer de leurs femmes ou de leurs troupeaux, etc, mais de les lib&eacute;rer d&apos;un tyran. Le p&eacute;trole ? Il n&apos;est pas immoral d&apos;agir de telle fa&ccedil;on qu&apos;une ressource aussi vitale soit contr&ocirc;l&eacute;e, directement ou indirectement, par des Etats respectant le droit plut&ocirc;t que par des tyrannies opprimant leurs propres peuples et projetant d&apos;asservir ou d&apos;an&eacute;antir les peuples &eacute;trangers.<br \/><br style=&quot;font-weight: bold;&quot; \/><span style=&quot;font-weight: bold;&quot;>L&rsquo;ENGAGEMENT DE L&rsquo;EGLISE POUR LA PAIX.<\/span> Dans son enseignement officiel, l&rsquo;Eglise a g&eacute;n&eacute;ralement pr&eacute;f&eacute;r&eacute; la paix &agrave; la guerre, sauf cas de <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; guerre juste &quot;<\/span> indubitable, situation o&ugrave;, selon saint Thomas d&rsquo;Aquin, elle est au contraire une application de la charit&eacute;. En pratique, cet enseignement a souvent conduit &agrave; des politiques de maintien ou de restauration de la paix : Beno&icirc;t XV a tent&eacute; de mettre fin &agrave; la Premi&egrave;re Guerre mondiale et Pie XII d&rsquo;emp&ecirc;cher la Seconde. Ce pacifisme syst&eacute;matique est d&rsquo;autant plus mis en avant aujourd&rsquo;hui qu&rsquo;il est <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; politiquement correct &quot;<\/span> , et rend donc au catholicisme un magist&egrave;re social menac&eacute;, dans de nombreux pays, par le <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; d&eacute;s&eacute;tablissement &quot;<\/span> de l&rsquo;Eglise.<br \/><br style=&quot;font-weight: bold;&quot; \/><span style=&quot;font-weight: bold;&quot;>LES CONVICTIONS PERSONNELLES DE JEAN PAUL II.<\/span> T&eacute;moin direct des deux grands totalitarismes du XXe si&egrave;cle, le nazisme et le communisme, Jean Paul II est persuad&eacute; qu&rsquo;on ne peut les abattre que par la foi et la non-violence. Il estime qu&rsquo;il a un r&ocirc;le <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; providentiel &quot;<\/span> &agrave; jouer devant un conflit Am&eacute;rique-Irak qu&rsquo;il interpr&egrave;te comme une quatri&egrave;me guerre mondiale, apr&egrave;s les deux Grandes Guerres des ann&eacute;es 1914-1945&nbsp; et la guerre froide 1947-1989. Il aurait estim&eacute; plus r&eacute;cemment qu&rsquo;apr&egrave;s avoir &oelig;uvr&eacute; &ndash; souvent &agrave; contre courant &#8211; pour la r&eacute;conciliation jud&eacute;o-chr&eacute;tienne et la reconnaissance officielle d&rsquo;Isra&euml;l par le Saint-Si&egrave;ge, il lui reviendrait &eacute;galement de prot&eacute;ger les Palestiniens musulmans et chr&eacute;tiens et de mettre en place les fondements d&rsquo;une coexistence islamo-chr&eacute;tienne au XXIe si&egrave;cle. Enfin, il a toujours manifest&eacute; un certain rejet &agrave; l&rsquo;&eacute;gard de la civilisation capitaliste occidentale, qui lui para&icirc;t trop <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; mat&eacute;rialiste &quot;<\/span> et <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; h&eacute;doniste &quot;<\/span> : ce dernier point peut l&rsquo;amener &agrave; juger s&eacute;v&egrave;rement la politique &eacute;trang&egrave;re du principal pays occidental, les Etats-Unis. (Un parall&egrave;le existe, sur ce plan, entre le pape polonais et le plus grand intellectuel chr&eacute;tien orthodoxe de la fin du XXe si&egrave;cle, le Russe Alexandre Solj&eacute;nitsyne.<\/p>\n<p><span style=&quot;font-weight: bold;&quot;>LES CHRETIENS D&rsquo;ORIENT.<\/span> Le Saint-Si&egrave;ge veut maintenir co&ucirc;te que co&ucirc;te une pr&eacute;sence chr&eacute;tienne dans un Proche et Moyen-Orient o&ugrave; le Christ a v&eacute;cu et o&ugrave; le christianisme est n&eacute; : qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de communaut&eacute;s chr&eacute;tiennes locales, catholiques ou autres (en Egypte, en Terre sainte, en Syrie, en Irak, en Turquie), ou de r&eacute;seaux scolaires catholiques g&eacute;r&eacute;s par des ordres monastiques,&nbsp; rest&eacute;s particuli&egrave;rement importants dans de nombreux pays (Liban, Syrie, Irak, Egypte, Turquie, Iran, Terre sainte). Cela peut impliquer des compromis avec tous les r&eacute;gimes musulmans de la r&eacute;gion, y compris les moins tol&eacute;rants. Mais parall&egrave;lement, Jean Paul II semble de tenter de jouer la carte d&rsquo;une <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; d&eacute;mocratisation &quot;<\/span> g&eacute;n&eacute;rale de la r&eacute;gion. Le 17 d&eacute;cembre 2002, il d&eacute;clarait :&nbsp; <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; Tant que ceux qui sont en position de responsabilit&eacute; (en Orient) n&apos;auront pas engag&eacute; de v&eacute;ritable r&eacute;volution dans la fa&ccedil;on dont ils utilisent le pouvoir et assurent le bien-&ecirc;tre de leurs peuples, il est difficile d&apos;imaginer comment des progr&egrave;s pourraient &ecirc;tre r&eacute;alis&eacute;s vers la paix &quot;. <\/span>Le propos a &eacute;t&eacute; salu&eacute; par l&rsquo;administration Bush. Il reste cependant assez ambigu : le contexte fait essentiellement allusion au conflit isra&eacute;lo-arabe.<br \/><br style=&quot;font-weight: bold;&quot; \/><span style=&quot;font-weight: bold;&quot;>LE TIERS-MONDISME. <\/span>Depuis une quarantaine d&rsquo;ann&eacute;es, l&rsquo;Eglise voit &agrave; la fois dans le tiers-monde une zone d&rsquo;avenir d&eacute;mographique (les catholiques du tiers-monde ont des enfants) et une source d&rsquo;inspiration (le tiers-monde, chr&eacute;tien ou non, reste religieux, alors que l&rsquo;Occident verse dans l&rsquo;indiff&eacute;rence). Cette conception, dominante sous Paul VI, le pape progressiste par excellence, est rest&eacute;e vivace sous le pontificat plus conservateur de Jean Paul II. Elle conduit &agrave; prendre syst&eacute;matiquement le parti du<span style=&quot;font-style: italic;&quot;> &quot; Sud pauvre &quot;<\/span> contre le <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; Nord riche &quot; :<\/span> en mati&egrave;re &eacute;conomique (annulation des dettes du tiers-monde, assouplissement des r&egrave;gles du FMI) comme en mati&egrave;re strat&eacute;gique.<\/p>\n<p><span style=&quot;font-weight: bold;&quot;>UN CERTAIN PERIL PROTESTANT.<\/span> Dans les ann&eacute;es quatre-vingt,&nbsp; Jean Paul II voyait dans le communisme sovi&eacute;tique l&rsquo;ennemi principal de l&rsquo;Eglise et de l&rsquo;humanit&eacute;. Dans les ann&eacute;es quatre-vingt-dix,&nbsp; il se pr&eacute;occupait des conflits entre musulmans et chr&eacute;tiens, ou entre catholiques et chr&eacute;tiens orthodoxes. Dans les ann&eacute;es deux mille, il s&rsquo;inqui&eacute;terait de la mont&eacute;e des <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; sectes am&eacute;ricaines &quot;,<\/span>&nbsp; qui progressent aux d&eacute;pens du catholicisme dans de nombreuses r&eacute;gions du monde : le protestantisme &eacute;vang&eacute;lique (ou fondamentaliste) et le mormonisme (qui n&rsquo;a plus grand chose de chr&eacute;tien, sauf quelques symboles et quelques r&eacute;f&eacute;rences &agrave; J&eacute;sus-Christ). En Am&eacute;rique centrale ou m&eacute;ridionale, les &eacute;vang&eacute;liques et les mormons ont converti une partie non-n&eacute;gligeable&nbsp; de la population en une trentaine d&rsquo;ann&eacute;es : 50 % au Guatemala, 25 % au Br&eacute;sil, 10 % au P&eacute;rou. Et le mouvement se prolonge chez les Latinos ou Hispaniques, les nouveaux immigrants centre-am&eacute;ricains ou sud-am&eacute;ricains qui affluent aux Etats-Unis : plus du tiers d&rsquo;entre eux auraient abandonn&eacute; le catholicisme. M&ecirc;mes perc&eacute;es en Afrique noire ou en Extr&ecirc;me-Orient. L&rsquo;Europe elle-m&ecirc;me ne serait pas &eacute;pargn&eacute;e : les Eglises &eacute;vang&eacute;liques compteraient actuellement&nbsp; 1,5 million de fid&egrave;les en France,&nbsp; soit deux fois plus que les Eglises protestantes traditionnelles. <\/p>\n<p>La hi&eacute;rarchie catholique aurait tendance &agrave; voir dans l&rsquo;administration Bush le bras s&eacute;culier et arm&eacute; de cette r&eacute;volution religieuse, et &agrave; interpr&eacute;ter la guerre am&eacute;ricaine contre le terrorisme ou contre l&rsquo;Irak comme une <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; croisade &quot;<\/span> destin&eacute;e non seulement &agrave; refouler l&rsquo;islam mais aussi &agrave; assurer une primaut&eacute; protestante au sien de l&rsquo;Occident du XXIe si&egrave;cle. Le fait est que certains pr&eacute;dicateurs &eacute;vang&eacute;liques tiennent des propos allant dans ce sens. Et que les Eglises &eacute;vang&eacute;liques ou mormone soutiennent en g&eacute;n&eacute;ral l&rsquo;aile droite du parti r&eacute;publicain am&eacute;ricain. <\/p>\n<p><span style=&quot;font-weight: bold;&quot;>L&rsquo;ANTISEMITISME.<\/span> L&rsquo;antis&eacute;mitisme existe toujours au sein de l&rsquo;Eglise catholique : antis&eacute;mitisme traditionnel r&eacute;actionnaire ou conservateur,&nbsp; nourri d&rsquo;Edouard Drumont ou des Protocoles des Sages de Sion ;&nbsp; n&eacute;o-antis&eacute;mitisme de gauche, remixant des th&egrave;mes <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; anticapitalistes &quot;<\/span> , tiers-mondistes, <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; antisionistes &quot;<\/span&gt; ;&nbsp; antis&eacute;mitisme islamophile, issu de Louis Massignon ou de Roger Garaudy ; et enfin antis&eacute;mitisme &agrave; connotation anti-am&eacute;ricaine,&nbsp; selon lesquels les <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; conservateurs&nbsp; juifs am&eacute;ricains &quot; <\/span>et les <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; ultra-nationalistes isra&eacute;liens &quot; <\/span>auraient conclu une alliance strat&eacute;gique avec les fondamentalistes protestants am&eacute;ricains. Ces th&egrave;mes, plus populaires qu&rsquo;on ne veut l&rsquo;admettre, impr&egrave;gnent parfois certaines actions politiques ou diplomatiques initi&eacute;es par l&rsquo;Eglise, notamment sur le plan de la communication ou des m&eacute;dias. En revanche, il n&rsquo;interf&egrave;rent pas avec la pens&eacute;e personnelle du souverain pontife. Jean Paul II a consacr&eacute; sa vie &agrave; la lutte contre l&rsquo;antis&eacute;mitisme et plus encore &agrave; la r&eacute;affirmation de la p&eacute;rennit&eacute; de l&rsquo;&eacute;lection divine du peuple juif. <\/p>\n<p><span style=&quot;font-weight: bold;&quot;>&copy; Michel Gurfinkiel, 2003 <\/span><\/span><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le pape ne veut pas d&apos;une&nbsp; &quot; croisade &quot; contre l&rsquo;Irak. Une position qui &eacute;tonne certains catholiques.<\/p>\n<p> <a href=\"https:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/eglise-jean-paul-ii-contre-la-guerre\/\">&nbsp;&raquo;&nbsp;Read more about: Eglise\/ Jean Paul II contre la guerre &nbsp;&raquo;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[657],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/502"}],"collection":[{"href":"https:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=502"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/502\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2326,"href":"https:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/502\/revisions\/2326"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=502"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=502"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=502"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}