{"id":512,"date":"2002-10-29T07:27:00","date_gmt":"2002-10-29T06:27:00","guid":{"rendered":"http:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/?p=512"},"modified":"2021-01-14T21:14:10","modified_gmt":"2021-01-14T20:14:10","slug":"etats-unis-la-doctrine-rumsfeld","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/etats-unis-la-doctrine-rumsfeld\/","title":{"rendered":"Etats-Unis\/ La doctrine Rumsfeld"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"vertical-align: inherit;\"><span style=\"vertical-align: inherit;\">C&rsquo;est le plus proche collaborateur de George W. Bush et le ma&icirc;tre d&rsquo;&oelig;uvre de la &quot; guerre contre le terrorisme &quot; : Donald Rumsfeld explique aux alli&eacute;s fran&ccedil;ais, dans Valeurs Actuelles, la strat&eacute;gie am&eacute;ricaine d&rsquo;aujourd&rsquo;hui.<!--more--><span style=&quot;font-weight: bold; font-style: italic;&quot;>Monsieur le Secr&eacute;taire &agrave; la D&eacute;fense, quelle a &eacute;t&eacute; votre r&eacute;action quand un avion suicide s&rsquo;est &eacute;cras&eacute; sur votre minist&egrave;re le 11 septembre 2001, peu de temps apr&egrave;s la double attaque sur le World Trade Center ?<\/span><\/p>\n<p>DONALD RUMSFELD. Vous vous souvenez du d&eacute;roulement des &eacute;v&eacute;nements.&nbsp; Minute apr&egrave;s minute, nous percevions plus clairement ce qui &eacute;tait en train de se passer. Quand nous avons appris qu&rsquo;un second avion s&rsquo;&eacute;tait &eacute;cras&eacute; sur le World Trade Center de New-York, il a &eacute;t&eacute; clair, &agrave; nos yeux, cela ne pouvait pas &ecirc;tre seulement&nbsp; un accident. Et quand un troisi&egrave;me avion&nbsp; s&rsquo;est &eacute;cras&eacute; sur notre propre b&acirc;timent, ici, &agrave; Washington, nous avons su qu&rsquo;un sacr&eacute; travail allait commencer pour nous.<\/p>\n<p><span style=&quot;font-weight: bold; font-style: italic;&quot;>Cela fait quoi, de se trouver dans un b&acirc;timent qui subit une telle attaque ?<\/span><\/p>\n<p>On a l&rsquo;impression qu&rsquo;une bombe vient d&rsquo;exploser. Un choc terrible, qui &eacute;branle le b&acirc;timent entier. Franchement,&nbsp; je n&rsquo;ai pas imagin&eacute;, sur le moment, que c&rsquo;&eacute;tait un avion, comme &agrave; New-York.&nbsp; Juste cette impression terrifiante que tout risquait de s&rsquo;&eacute;crouler autour de nous.<\/p>\n<p><span style=&quot;font-weight: bold; font-style: italic;&quot;>Cela fait plus d&rsquo;un an que les Etats-Unis sont engag&eacute;s dans une guerre contre le terrorisme. Pouvez-vous dresser un premier bilan ? <\/span><\/p>\n<p>Nous avons pris un bon d&eacute;part en Afghanistan. Notre intervention dans ce pays nous a en effet permis de d&eacute;manteler des &eacute;l&eacute;ments cl&eacute;s du dispositif terroriste, d&rsquo;emp&ecirc;cher les terroristes de l&rsquo;utiliser comme un <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; sanctuaire &quot;<\/span>,&nbsp; de les contraindre &agrave; prendre la fuite, et enfin de collecter une tr&egrave;s grande quantit&eacute; d&rsquo;informations&hellip;<\/p>\n<p><span style=&quot;font-weight: bold; font-style: italic;&quot;>Que vous avez pu utiliser ?<\/span><br style=&quot;font-weight: bold; font-style: italic;&quot; \/><br \/>Nous avons d&rsquo;ores et d&eacute;j&agrave; exploit&eacute; tout ce qui pouvait l&rsquo;&ecirc;tre &agrave; des fins tactiques. En revanche, nous avons encore du travail&nbsp; &agrave; faire en mati&egrave;re d&rsquo;analyse strat&eacute;gique, notamment pour mieux comprendre le mode de fonctionnement d&rsquo;Al-Qaida.<\/p>\n<p><span style=&quot;font-weight: bold; font-style: italic;&quot;>Et en dehors d&rsquo;Afghanistan ?<\/span><\/p>\n<p>L&agrave; encore,&nbsp; le d&eacute;but est prometteur. Dans le monde entier, les mesures de contr&ocirc;le et de s&eacute;curit&eacute; ont &eacute;t&eacute; renforc&eacute;es, y compris sur le plan financier : c&rsquo;est le cas, notamment, de pays qui pouvaient passer jusqu&rsquo;ici pour des <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; ventres mous &quot;, <\/span>comme le Pakistan. Nous avons d&eacute;velopp&eacute; notre coop&eacute;ration en mati&egrave;re de lutte contre le terrorisme avec de nombreux Etats, &agrave; leur demande : par exemple la G&eacute;orgie et les Philippines. Mais le plus important reste &agrave; faire. Nous devons mettre les terroristes sur leur d&eacute;fensive, emp&ecirc;cher la cr&eacute;ation de nouveaux&nbsp; <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; sanctuaires &quot;<\/span>,&nbsp; dans des pays tels que le Y&eacute;men ou la Somalie, et surtout, surtout, interdire aux terroristes d&rsquo;avoir acc&egrave;s aux armes de destruction massive.<\/p>\n<p><span style=&quot;font-weight: bold; font-style: italic;&quot;>Vous pensez &agrave; l&rsquo;Irak et aux autres pays de &quot; l&rsquo;Axe du Mal &quot; ?<\/span><\/p>\n<p>Nous devons nous concentrer , en effet, sur les Etats qui cherchent &agrave; se doter de ces armes et qui pourraient en doter des organisations terroristes.<\/p>\n<p><span style=&quot;font-weight: bold; font-style: italic;&quot;>&quot; L&rsquo;Axe du Mal &quot;, qu&rsquo;est ce que c&rsquo;est ? Une simple coalition d&rsquo;Etats voyous ou un syst&egrave;me totalitaire qui menace globalement les pays occidentaux et d&eacute;mocratiques ?<\/span><\/p>\n<p>Les deux d&eacute;finitions se compl&egrave;tent. En termes techniques,&nbsp; <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; L&rsquo;Axe du Mal &quot;<\/span> peut &ecirc;tre d&eacute;fini comme une coalition d&rsquo;Etats voyous et organisations terroristes mettant leurs ressources en commun. C&rsquo;est dans ce sens qu&rsquo;il inclut, par exemple, la Cor&eacute;e du Nord : ce pays a apport&eacute; un appui majeur aux Etats qui cherchaient &agrave; se doter d&rsquo;armes de destruction massive. Mais <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; l&rsquo;Axe du Mal &quot;&nbsp;<\/span> poss&egrave;de &eacute;galement une dimension politique, fort complexe d&rsquo;ailleurs. La plupart des pays impliqu&eacute;s cherchent &agrave; faire face aux difficult&eacute;s li&eacute;es &agrave; la modernisation en se repliant sur une vision d&eacute;form&eacute;e,&nbsp; excessive, de leur pass&eacute; et de leurs traditions. Cela ressemble fort au fascisme europ&eacute;en du d&eacute;but du XXe si&egrave;cle. Les extr&eacute;mistes islamistes instrumentalisent et d&eacute;voient&nbsp; l&rsquo;islam traditionnel, tout comme le r&eacute;gime de Mussolini avait manipul&eacute; &agrave; son profit le souvenir de la grandeur romaine,&nbsp; ou comme le nazisme avait utilis&eacute; et d&eacute;natur&eacute; la culture germanique. <\/p>\n<p><span style=&quot;font-weight: bold; font-style: italic;&quot;>Les r&eacute;seaux terroristes palestiniens font-ils partie int&eacute;grante de &quot; l&rsquo;Axe du Mal &quot; ? <\/span><\/p>\n<p>Les r&eacute;seaux terroristes palestiniens &ndash; le Hamas, le Djihad islamique, certains &eacute;l&eacute;ments du Fatah &ndash; re&ccedil;oivent une aide financi&egrave;re et technique de l&rsquo;Iran et de l&rsquo;Irak. Cette collaboration &ndash; qui sert les int&eacute;r&ecirc;ts respectifs des diff&eacute;rents partenaires &#8211; s&rsquo;est sold&eacute;e par le massacre de nombreux Isra&eacute;liens innocents. Elle a &eacute;galement port&eacute; atteinte &agrave; des aspirations palestiniennes l&eacute;gitimes. Je ne sais pas si l&rsquo;on peut en d&eacute;duire que les terroristes palestiniens constituent une partie int&eacute;grante de <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; l&rsquo;Axe du Mal &quot; <\/span&gt;; mais ils en sont certainement des partenaires ou des compagnons de route id&eacute;ologiques.\n\n<span style=&quot;font-weight: bold; font-style: italic;&quot;>Que pensez-vous des ripostes isra&eacute;liennes contre ces organisations ?<\/span><\/p>\n<p>Isra&euml;l doit-il se d&eacute;fendre contre le terrorisme ?&nbsp; Oui, c&rsquo;est l&agrave; une attitude l&eacute;gitime et n&eacute;cessaire. <\/p>\n<p><span style=&quot;font-weight: bold; font-style: italic;&quot;>La victoire contre le terrorisme peut-elle &ecirc;tre obtenue par des moyens purement militaires ou implique-t-elle un processus de modernisation et de d&eacute;mocratisation dans certains pays, notamment au Proche et au Moyen-Orient ?<\/span><\/p>\n<p>Il n&rsquo;y aura pas de victoire sans d&eacute;mocratisation. Bien que non d&eacute;mocratiques, les modes de vie traditionnels pr&eacute;sentent de nombreux aspects positifs, et ne conduisent pas, en tant que tels, au terrorisme. Mais leur maintien semble de plus en plus probl&eacute;matique : les populations concern&eacute;es cherchent &agrave; b&eacute;n&eacute;ficier en m&ecirc;me temps des avantages de la civilisation moderne. C&rsquo;est dans cette situation ambigu&euml;, interm&eacute;diaire,&nbsp; o&ugrave; le monde traditionnel sert toujours de r&eacute;f&eacute;rence et o&ugrave; le monde moderne n&rsquo;est pas encore en place,&nbsp; o&ugrave; le ressentiment est g&eacute;n&eacute;ralis&eacute;, que na&icirc;t l&rsquo;interpr&eacute;tation extr&eacute;miste de l&rsquo;islam &agrave; laquelle je faisais allusion plus haut. Bien entendu, cet extr&eacute;misme &ndash; intol&eacute;rant sur le plan religieux et vou&eacute; &agrave; la haine de l&rsquo;Occident sur le plan politique &#8211; n&rsquo;est pas l&rsquo;islam. Mais il suscite beaucoup d&rsquo;&eacute;cho dans le monde musulman d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. Le souvenir d&rsquo;une &eacute;poque o&ugrave; les soci&eacute;t&eacute;s musulmanes &eacute;taient les plus d&eacute;velopp&eacute;es du monde ne fait qu&rsquo;aggraver le malaise.<\/p>\n<p><span style=&quot;font-weight: bold; font-style: italic;&quot;>Comment les pays occidentaux peuvent-ils aider les pays musulmans &agrave; cet &eacute;gard ?<\/span><\/p>\n<p>En fait, le monde islamique est actuellement en proie &agrave; une sorte de guerre civile. Les non-musulmans n&rsquo;ont pas &agrave; prendre partie dans les aspects purement religieux ou civilisationnels de cette querelle. Mais le monde civilis&eacute; sans son ensemble a &eacute;videmment&nbsp; int&eacute;r&ecirc;t &agrave; aider les musulmans qui rejettent l&rsquo;extr&eacute;misme et qui &eacute;pousent un islam mod&eacute;r&eacute;, tol&eacute;rant et pacifique. De nombreux pays musulmans se situent d&eacute;j&agrave; du c&ocirc;t&eacute; de la mod&eacute;ration. Je voudrais citer deux cas significatifs : la Turquie, qui est un grand pays de pr&egrave;s de soixante-dix millions d&rsquo;habitants, une soci&eacute;t&eacute; profond&eacute;ment musulmane, un Etat d&eacute;mocratique de type occidental, et un alli&eacute; ancien et important des Etats-Unis ; et l&rsquo;Indon&eacute;sie, victime d&apos;une attaque terroriste massive le 12 octobre, qui est, par sa population, 140 millions d&rsquo;habitants dont 90 % de musulmans,&nbsp; le plus grand pays islamique du monde.<\/p>\n<p><span style=&quot;font-weight: bold; font-style: italic;&quot;>Monsieur le Secr&eacute;taire,&nbsp; vous avez jou&eacute; un r&ocirc;le important, il y a quelques mois, en vue d&apos;&eacute;viter une guerre nucl&eacute;aire entre l&rsquo;Inde et le Pakistan. Croyez-vous que ces deux pays puissent devenir, &agrave; terme, des partenaires strat&eacute;giques des Etats-Unis ?<\/span><\/p>\n<p>Un milliard et demi d&rsquo;&ecirc;tres humains vit en Asie du Sud : la stabilit&eacute;, la paix et la prosp&eacute;rit&eacute; de cette r&eacute;gion constituent &eacute;videmment, pour les Etats-Unis, un int&eacute;r&ecirc;t strat&eacute;gique. En ce qui concerne, plus sp&eacute;cifiquement, la guerre contre le terrorisme plan&eacute;taire, l&rsquo;Inde et le Pakistan assument des r&ocirc;les irrempla&ccedil;ables, aux c&ocirc;t&eacute;s des Etats-Unis et des autres membres de la coalition mise sur pied apr&egrave;s le 11 septembre 2001. En autorisant les forces am&eacute;ricaines &agrave; utiliser des bases op&eacute;rationnelles situ&eacute;es sur son territoire, le Pakistan a contribu&eacute; &agrave; la chute du r&eacute;gime taliban en Afghanistan ; et le gouvernement pakistanais continue &agrave; assurer son soutien aux actions militaires contre les &eacute;l&eacute;ments r&eacute;siduels et d&apos;Al-Qa&iuml;da, le long de la fronti&egrave;re pakistano-afghane. Les forces arm&eacute;es indiennes, de leur c&ocirc;t&eacute;, ont d&eacute;veloppent leur coop&eacute;ration avec les forces am&eacute;ricaines, en vue de mener de mani&egrave;re plus effective des op&eacute;rations conjointes. La marine indienne, en particulier, apporte son soutien aux patrouilles dans le secteur Est de l&rsquo;oc&eacute;an Indien &ndash; afin d&rsquo;y garantir la libert&eacute; de navigation, la libre circulation des ressources et le commerce maritime. A terme, notre objectif est de mettre sur pied la plus large coop&eacute;ration possible, en mati&egrave;re de s&eacute;curit&eacute;,&nbsp; avec les deux pays &ndash; ainsi d&rsquo;ailleurs qu&rsquo;avec tous les Etats amis de la r&eacute;gion.<\/p>\n<p><span style=&quot;font-weight: bold; font-style: italic;&quot;>Comment &eacute;valuez-vous les relations strat&eacute;giques des Etats-Unis avec l&rsquo;Union europ&eacute;enne ? <\/span><br style=&quot;font-weight: bold; font-style: italic;&quot; \/><br \/>Les Etats-Unis entretiennent&nbsp; des relations raisonnablement constructives avec l&rsquo;Union europ&eacute;enne &agrave; tous les niveaux et dans les domaines les plus vari&eacute;s : la lutte contre le terrorisme global, le processus de paix au Moyen-Orient, la consolidation de la paix dans les Balkans et la remise sur pied de l&rsquo;Afghanistan. C&rsquo;est un partenariat ciment&eacute; par une histoire commune, des principes communs, de multiples liens culturels et &eacute;conomiques. Pour autant, il n&rsquo;a rien d&rsquo;automatique. Nous devons sans cesse travailler en vue de garder nos principes en commun, et sans cesse nous concerter sur les actions &agrave; prendre en fonction de ces principes. Notre h&eacute;ritage m&eacute;rite un tel effort, me semble-t-il. Rien ne me para&icirc;trait plus grave qu&rsquo;un d&eacute;saccord entre l&rsquo;Europe et l&rsquo;Am&eacute;rique sur de telles questions. <\/p>\n<p><span style=&quot;font-weight: bold; font-style: italic;&quot;>Les relations euro-am&eacute;ricaines doivent-elles passer uniquement par l&rsquo;Otan ?<\/span><\/p>\n<p>L&rsquo;Europe coop&egrave;re avec l&rsquo;Otan dans divers domaines, notamment les Balkans et la lutte contre le terrorisme. Il y a sans doute encore des progr&egrave;s &agrave; faire dans ces domaines, notamment afin de parvenir &agrave; des structures permanentes de coop&eacute;ration. Les deux dimensions me semblent &eacute;galement b&eacute;n&eacute;fiques : entre les Etats-Unis et l&rsquo;Union europ&eacute;enne d&rsquo;une part, entre l&rsquo;Otan et l&rsquo;Europe d&rsquo;autre part.<\/p>\n<p><span style=&quot;font-weight: bold; font-style: italic;&quot;>O&ugrave; en sont les relations franco-am&eacute;ricaines ?<\/span><\/p>\n<p>Les Fran&ccedil;ais sont nos alli&eacute;s de toujours, et nous attachons le plus grand prix aux relations que nous entretenons avec eux. Nous n&rsquo;oublierons jamais qu&rsquo;ils nous ont offert leur sympathie et leur assistance au lendemain du 11 septembre 2001, qu&rsquo;ils se sont engag&eacute;s &agrave; nos c&ocirc;t&eacute;s dans la guerre contre le terrorisme et qu&rsquo;ils ont &eacute;t&eacute; un &eacute;l&eacute;ment important de la coalition qui est intervenue en Afghanistan. Cela dit, bien entendu,&nbsp; nos relations pourraient &ecirc;tre encore meilleures. Et ce que je disais voici quelques instants de l&rsquo;Europe en g&eacute;n&eacute;ral s&rsquo;applique a fortiori &agrave; la France : notre histoire commune justifie les efforts que nous avons &agrave; faire dans ce sens, de part et d&rsquo;autre. <\/p>\n<p><span style=&quot;font-weight: bold; font-style: italic;&quot;>Vous venez de recevoir au Pentagone la ministre fran&ccedil;aise de la D&eacute;fense, Mich&egrave;le Alliot-Marie&hellip;<\/span><\/p>\n<p>J&apos;avais d&eacute;j&agrave; eu l&apos;occasion de la rencontrer ici ou l&agrave;,&nbsp; &agrave; Varsovie et ailleurs, et d&apos;appr&eacute;cier son caract&egrave;re et son intelligence. J&apos;ai &eacute;t&eacute; absolument ravi de la recevoir aux Etats-Unis, voici quelques jours, dans le cadre de ses fonctions de ministre de la D&eacute;fense. Nous avons discut&eacute; des relations franco-am&eacute;ricaines, bien entendu, mais de l&apos;Otan et de l&apos;ensemble des probl&egrave;mes de s&eacute;curit&eacute; de ce d&eacute;but de si&egrave;cle. Il est incontestable que la France fait en ce moment des efforts importants dans ce domaine.<\/p>\n<p><span style=&quot;font-weight: bold; font-style: italic;&quot;>En augmentant son budget de la d&eacute;fense ?<\/span><br style=&quot;font-weight: bold; font-style: italic;&quot; \/><br \/>Notamment.&nbsp; La France fait partie, comme l&apos;a observ&eacute; le secr&eacute;taire g&eacute;n&eacute;ral de l&apos;Otan, Lord Robinson, des trois ou trois ou quatre pays qui prennent en ce moment leurs responsabilit&eacute;s et proc&egrave;dent aux choix budg&eacute;taires n&eacute;cessaires en vue de faire face plus efficacement aux d&eacute;fis actuels en mati&egrave;re de s&eacute;curit&eacute;. Nous vivons dans un monde dangereux. La paix et la s&eacute;curit&eacute; de tous d&eacute;pendent de la d&eacute;termination de chacun d&apos;entre nous, au niveau national comme dans le cadre de l&apos;Otan. <\/p>\n<p><span style=&quot;font-weight: bold; font-style: italic;&quot;>La Russie est devenue un alli&eacute; des Etats-Unis ?<\/span><\/p>\n<p>Il y a en effet de nombreux sujets sur lesquels les nous sommes d&eacute;sormais d&rsquo;accord avec les Russes et o&ugrave; nous travaillons avec eux. Je cite, p&ecirc;le-m&ecirc;le : le nouveau conseil de coop&eacute;ration strat&eacute;gique Otan-Russie, les mesures en vue d&rsquo;emp&ecirc;cher&nbsp; la diss&eacute;mination des armes nucl&eacute;aires et des autres armes de destruction massive, la conqu&ecirc;te de l&rsquo;espace, la r&eacute;duction des armements nucl&eacute;aires existants, l&rsquo;entretien et la surveillance des arsenaux de destruction massive h&eacute;rit&eacute;s de l&rsquo;ex-URSS, le d&eacute;veloppement des relations &eacute;conomiques entre les deux pays, &agrave; travers le commerce et les investissements directs, et enfin les programmes d&rsquo;assistance destin&eacute;s &agrave; consolider la d&eacute;mocratie russe. Le pr&eacute;sident George W. Bush a pris, vous le savez, des initiatives qui ont permis de renforcer la compr&eacute;hension mutuelle et de pr&eacute;parer l&rsquo;avenir. Tout n&rsquo;est pas parfait dans nos relations bilat&eacute;rales, mais les premiers succ&egrave;s sont encourageants. Il en va, en fait, de nos int&eacute;r&ecirc;ts nationaux bien compris : trop de facteurs militent contre un retour &agrave; nos anciennes fa&ccedil;ons d&rsquo;agir. La guerre froide est finie. Entre nos deux nations, l&rsquo;heure est d&eacute;sormais &agrave; la coop&eacute;ration, et non plus &agrave; la rivalit&eacute; ou &agrave; la comp&eacute;tition.<\/p>\n<p><span style=&quot;font-weight: bold; font-style: italic;&quot;>Avant le 11 septembre 2001, vous pr&eacute;pariez une importante r&eacute;forme strat&eacute;gique et militaire. Qu&rsquo;en reste-t-il aujourd&rsquo;hui ?<\/span><\/p>\n<p>Voici un peu plus d&rsquo;un an, avant le 11 septembre, nous mettions la derni&egrave;re touche &agrave; une &eacute;valuation strat&eacute;gique globale &ndash; ce que nous appelons, dans notre jargon, l&rsquo;Evaluation quadriennale des questions relatives &agrave; la d&eacute;fense nationale (le document a &eacute;t&eacute; finalement publi&eacute; le 30 septembre 2001). La premi&egrave;re conclusion &agrave; laquelle nous &eacute;tions arriv&eacute;s, c&rsquo;&eacute;tait que les Etats-Unis ne devaient pas se laisser aller &agrave; un sentiment de fausse s&eacute;curit&eacute;. La deuxi&egrave;me, qu&rsquo;il nous fallait raisonner dor&eacute;navant en termes de d&eacute;fis globaux plut&ocirc;t que de menaces sp&eacute;cifiques. Et la troisi&egrave;me, qu&rsquo;il nous fallait apporter un certain nombre d&rsquo;am&eacute;liorations &agrave; nos forces arm&eacute;es, &agrave; leur organisation, &agrave; leur &eacute;quipement et &agrave; leur mode d&rsquo;op&eacute;ration. A peine avions-nous achev&eacute; ces travaux que nous avons &eacute;t&eacute; confront&eacute;s aux effroyables agressions terroristes que vous savez. En fait, la guerre contre le terrorisme que nous menons aujourd&rsquo;hui n&rsquo;a fait que confirmer notre analyse. L&rsquo;exp&eacute;rience nous a montr&eacute; que nous avions raison de chercher &agrave; mieux prot&eacute;ger nos bases op&eacute;rationnelles essentielles, y compris sur le sol am&eacute;ricain. Elle nous a r&eacute;v&eacute;l&eacute; &agrave; quel point il &eacute;tait important de pouvoir projeter et maintenir des forces arm&eacute;es sur des th&eacute;&acirc;tres &eacute;loign&eacute;s ou encore d&rsquo;an&eacute;antir les <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot; sanctuaires &quot;<\/span> o&ugrave; l&rsquo;ennemi se retranche afin de mieux attaquer. Elle nous a convaincu que la r&eacute;forme militaire &eacute;tait plus n&eacute;cessaire que jamais, et qu&rsquo;il fallait la mettre tout de suite en chantier, en urgence absolue.<\/p>\n<p><span style=&quot;font-weight: bold; font-style: italic;&quot;>Avant m&ecirc;me que la guerre contre le terrorisme ne soit achev&eacute;e ?<\/span><br style=&quot;font-weight: bold; font-style: italic;&quot; \/><br \/>La r&eacute;forme ne doit pas &ecirc;tre lanc&eacute;e apr&egrave;s cette guerre. Elle doit se faire en m&ecirc;me temps.<\/p>\n<p><span style=&quot;font-weight: bold; font-style: italic;&quot;>Que sera l&rsquo;arm&eacute;e am&eacute;ricaine du futur ?<\/span><br style=&quot;font-weight: bold; font-style: italic;&quot; \/><br \/>Je ne peux pas vous en dresser une fiche signal&eacute;tique compl&egrave;te, mais je peux mentionner quelques &eacute;l&eacute;ments caract&eacute;ristiques.<br \/>1. Nous voulons mettre sur pied un instrument militaire int&eacute;gr&eacute;. Ce ne devrait pas &ecirc;tre une simple juxtaposition d&rsquo;unit&eacute;s, mais un tout, un ensemble holistique. <br \/>2. Cet instrument devrait reposer sur des approches conceptuelles et organisationnelles enti&egrave;rement repens&eacute;es. Elle devrait aller plus loin encore qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui dans l&rsquo;utilisation des technologies de l&rsquo;information et d&rsquo;autres technologies nouvelles.<br \/>3. Cet instrument devrait &ecirc;tre en mesure, en cas de crise ou de conflit, de pr&eacute;senter au pr&eacute;sident des Etats-Unis le plus large &eacute;ventail d&rsquo;options strat&eacute;giques ou op&eacute;rationnelles, en vue d&rsquo;agir au mieux sur les &eacute;v&eacute;nements.<\/p>\n<p><span style=&quot;font-style: italic;&quot;>(Propos recueillis au Pentagone par Michel Gurfinkiel)<\/span><\/p>\n<p>&gt;&gt;&gt;&gt;&gt;&gt;&gt;&gt;&gt;&gt;<\/p>\n<p><font size=&quot;6&quot; style=&quot;font-weight: bold;&quot;>L&apos;homme debout<br \/><\/font><br \/>Donald Rumsfeld me re&ccedil;oit debout, avec un large sourire. Ce n&apos;est qu&apos;au bout de quelques minutes qu&apos;il me propose de s&apos;asseoir &agrave; une petite table ronde, au milieu du vaste bureau rectangulaire qu&apos;il occupe dans l&apos;aile nord du Pentagone, face au Potomac. Apr&egrave;s l&apos;entretien, l&apos;un de ses assistants m&apos;explique :<span style=&quot;font-style: italic;&quot;> &quot;Le Secr&eacute;taire vit et travaille debout. Pour &eacute;crire, il utilise un lutrin. Il ne sait pas s&apos;asseoir. Trop d&apos;&eacute;nergie en lui.&quot;<\/span><\/p>\n<p>N&eacute; &agrave; Chicago en 1932, Rumsfeld a &eacute;tudi&eacute; &agrave; Princeton, avant de servir dans la Marine pendant trois ans, de 1954 &agrave; 1957, en qualit&eacute; de pilote de l&apos;A&eacute;ronavale.&nbsp; Entr&eacute; dans la vie active &agrave; vingt-cinq ans, il m&egrave;ne, depuis quarante-cinq ans, quatre carri&egrave;res de front : homme d&apos;affaires, membre du Congr&egrave;s, diplomate,&nbsp; ministre. Il a &eacute;t&eacute; banquier, PDG dans l&apos;industrie pharmaceutique (Searle) et dans la haute technologie (General Instrument),&nbsp; d&eacute;put&eacute; de l&apos;Illinois (quatre mandats successifs), assistant ou conseiller des pr&eacute;sidents Richard Nixon, Gerald Ford, Ronald Reagan,&nbsp; George Bush p&egrave;re (r&eacute;publicains tous les quatre),&nbsp; conseiller du pr&eacute;sident Bill Clinton (d&eacute;mocrate), ambassadeur aupr&egrave;s de l&apos;Otan, n&eacute;gociateur du Trait&eacute; de la Mer, envoy&eacute; sp&eacute;cial des Etats-Unis au Moyen-Orient, pr&eacute;sident de la Commission d&apos;&eacute;valuation des menaces balistiques strat&eacute;giques. Depuis 2001, il est le vingt-et-uni&egrave;me Secr&eacute;taire &agrave; la D&eacute;fense des Etats-Unis, aux c&ocirc;t&eacute;s de George W. Bush (un r&eacute;publicain &agrave; nouveau). Pas de faute, pas d&apos;&eacute;chec, des r&eacute;ussites spectaculaires (en 1990, il sauve General Instrument de la faillite). <\/p>\n<p>Quand il s&apos;installe au Pentagone, en janvier 2001, il se donne pour but de <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot;r&eacute;veiller la vieille maison&quot;<\/span>. Il passe tout en revue,&nbsp; et demande le pourquoi de chaque chose. <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot;Nous avons vite appris qu&apos;il rejetait d&apos;embl&eacute;e certaines r&eacute;ponses&quot;<\/span>, disent ses collaborateurs. <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot;Impossible, par exemple, de lui dire que c&apos;est l&apos;usage, ou qu&apos;il existe un consensus sur tel ou tel sujet. Il veut des r&eacute;ponses concr&egrave;tes.&quot;<\/span> Le fait que l&apos;Am&eacute;rique soit d&eacute;j&agrave; la seule superpuissance militaire ne l&apos;impressionne pas : <span style=&quot;font-style: italic;&quot;>&quot;Le cimeti&egrave;re de Wall Street est plein d&apos;ex- superpuissances du business&quot; .<\/span> Ce qui l&apos;int&eacute;resse, c&apos;est de maintenir le pays &agrave; ce niveau pendant une g&eacute;n&eacute;ration ou deux. <\/p>\n<p>Le 11 septembre 2001, un avion kamikaze s&apos;&eacute;crase sur le Pentagone. Rumsfeld &eacute;tait probablement&nbsp; vis&eacute; &agrave; titre personnel. Personne ne semble mieux fait, en effet, pour organiser et conduire aujourd&apos;hui la contre-attaque.<\/span><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C&rsquo;est le plus proche collaborateur de George W. Bush et le ma&icirc;tre d&rsquo;&oelig;uvre de la &quot; guerre contre le terrorisme &quot; : Donald Rumsfeld explique aux alli&eacute;s fran&ccedil;ais, dans Valeurs Actuelles, la strat&eacute;gie am&eacute;ricaine d&rsquo;aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<p> <a href=\"https:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/etats-unis-la-doctrine-rumsfeld\/\">&nbsp;&raquo;&nbsp;Read more about: Etats-Unis\/ La doctrine Rumsfeld &nbsp;&raquo;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[657],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/512"}],"collection":[{"href":"https:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=512"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/512\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2339,"href":"https:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/512\/revisions\/2339"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=512"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=512"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/michelgurfinkiel.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=512"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}